SCÈNE YIII
LES MÊMES, sauf L'HUISSIER.
BLANCHE, quia regardé l'huissier s'éloigner avec Tair d'un hél)étement stupide.
Eh bien, et moi? moi? (Elle s'élance pour se jeter au milieu du groupe des détenus appelés, les gendarmes la retiennent et
la repoussent.) Mcssicurs Ics gendarmes, je vous en prie! Laissez-moi passer... Il y a erreur, on s'est trompé... Je suis coupable, je vous jure... Je suis leurnièceàces deux-là... C'est moileur fille, puisque je n'ai plus ni père ni mère... Ce n'est pasjuste^ non, ce n'est pas juste. Les autres jours, tous ceux qu'on emmenait, on les emmenait ensemble: la fille avec la mère, le fils avec le père, les jeunes avec les vieux... On ne mourait pas l'un sans l'autre... Mais qu'est-ce que cela vous fait de m'emmener?... Mon Dieu! est-ce qu'on va me condamner à vivre à présent?
LA CHANOINESSE
Dieu ne veut pas encore de vous. Résignez-vous, ma nièce !
LE COMTE
Ah ! çà, est-ce qu'une fois ils auraient eu pitié?
S'il y a encore ici un peu d'humanité, mais entourez donc cette pauvre enfant! défendez-la d'ellemême. Arrachez-la à ce qu'elle voit, à ce qu'elle souffre! épargnez-lui, au nom de tout ce que vous avez de cher, le déchirement de ces adieux! Sauvez-la! emportez-la!... Mais empêchez-la donc de tendre les mains vers nous, comme si elle mendiait notre échafaud !... (r.es prisonniers entourent Blanche et la font retirer dans un coin de la cour.)