ACTE I
PIERRE descendant par l'escalier de droite avec UN DOMINO qu'il tient par la taille.
PIERRE
Tu me connais ? tu me connais ? tu es plus avancée que moi...
LE DOMINO
M'as-tu assez aimée ?
PIERRE
C'est bien possible. Va, ce n'est pas ma faute !
LE DOMINO
Te rappelles-tu la rue de la Bruyère ?
PIERRE
Quel numéro?
LE DOMINO
Insolent ! tu étais bien jaloux de moi tout de même...
PIERRE
Oh ! par politesse ! Je sais que ça fait plaisir aux femmes...
LE DOMINO
Je te trouve bien vieilli, dis donc?... On te donnerait quarante ans...
PIERRE
Ne me les donne pas ; garde-les.
iS IIKXUIK'ITE MARECHAL.
LE DOMINO
Je te vois de mon coupé souvent passer sur les boulevards à pied.
PIERRE
Est-ce que je l'aurais éclaboussée? Ton coupé est si bas... Ah çà! lu as donc fait fortune, ma chère Agalhe ?
LE DOMINO
Mais oui. un peu, mon cher. Je roule sur l'or. Je possède des peignoirs qui coûtent deux cent quarante francs de blanchissage. J'ai dans mon antichambre un huissier qui a une chaîne, et dans mon salon un plat de Chine où il y a les cartes de tous les gens connus...
PIERRE
Par toi?... Mes compliments... Vois-tu, dans ton état, on arrive à tout, à l'ancienneté...
LE DOMINO
Chéri, va ! trop aimable!... Eh bien ! et toi, mon pauvre ami, tu n'es devenu rien depuis que je ne t'ai vu?
PIERRE
Non... pas môme millionnaire. Il faudrait que je me ruine pour être ton amant de cœur...
LE DOMINO
Tu blagues donc toujours?
PIERRE
C'est ma santé.