‹ ThéâtreChapitre 59 sur 198 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

mari ne s'en inquiète pas... et la femme... (iisavauce derrière le canapé.) la femme s'en laisse caresser comme par le parfum de ce qui fleurit, et la musique de ce

qui chante. (Il passe derrière elle et lui parle dans le dos.) Cela

flotte et voltige autour d'elle... à peine si cela l'effleure... C'est de l'amour... mais de l'amour qui ne dérange rien de sa vie... qui ne prend rien de son cœur... qui ne veut rien d'elle que ce qu'elle donne atout le monde... de l'amour... qui n'est pas de

l'amour ! (Il s'appuie et se penche sur le canapé.) La regarder

quand elle ne vous regarde pas, s'endormir avec une phrase qu'elle vous a dite, se tenir tout petit et tout content dans l'ombre de sa robe... et puis, un jour, une fois, un moment, dans une promenade, sentir la chaleur de son bras passé autour du vôtre... Mais on ne demande rien de plus! La femme dit : C'est un enfant...

(Paul est tcut à fait derrière madame Maréchal, qui détourne la tête.)

MADAME MARÉCHAL

Monsieur, restons-en là, je vous en prie, pour vous ef pour moi...

(Elle se lève, et va vers le fond pour sortir.) PAUL, l'arrêtant en se mettant devant elle.

Ah! écoutez-moi encore un peu... Mais c'est impossible que je ne vous sois rien... Il y a comme une main qui nous a poussés l'un vers l'autre... une fatalité, si vous voulez, je ne sais pas... Cette rencontre... ce coup d'épée qui me jette mourant à la porte de votre parc... moi ici, chez vous!... Oh? vous n'auriez pas le courage de me chasser!...

MADAME MARÉCJIAL.

Monsieur, au dîner, vous ne ine verrez pas : je serai malade... Et je vous demande de ne jamais chercher à me revoir... jamais, entendez-vous?

PAUL

Oh! par grâce, pitié!... vous revoir!... si! vous

revoir! Oh! restez! (Il parie dans le dos de madame Maréchal (jui fuit lentement vers la droite, devant le canapé.) Je VOUdrais

tant ! . . . Aujourd'hui ! . . . rien qu'aujourd'hui ! . . . jusqu'à ce soir!... Encore un peu!... Oh! vous serez bonne... Ce sont mes nuits de fièvre... voyezvous... Je ne dormais pas... toujours la memeidéc...

toujours vous ! On devient fou !... (Madame Maréchal se

retourne.) Oh! pardou... je ne dirai plus cela... Ne me renvoyez pas, dites? Que je reste!... oh! que je reste!... Madame... Madame... (ii tombe sur le canapé. Fune voix qui s'éteint.) Ah ! tcucz, maintenant je ne m'en irai pas... Je... je ne peux plus...

(Il s'évanouit.)

Madame Maréchal le regarde, s'arrête, hésite, court à la sonnette de la cheminée, sonne, fait un geste d'impatience et d'angoisse, puis court à Paul évanoui, lui jette un baiser sur le front, recourt vers la sonnette, se retourne, aperçoit Paul soulevé sur le canapé et lui tendant les bras. Elle pousse un cri et se cache la figure dans ses mains.

Page 1