‹ ThéâtreChapitre 76 sur 198 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

M. MARÉCHAL

Au revoir, mon cher Bré ville, au revoir.

(Ils se serrent la main.)

MADAME MARÉCHAL, assise sur le canapé à gauche; M. MARÉCHAL, puis HENRIETTE.

M. MARÉCHAL

Figure-toi, ma chère, qu'au Casino, on danse, on danse... Et des toilettes ! des toilettes ! C'est étonnant, maintenant : je ne sais pas où on prend l'argent... Personne n'a cinquante mille livres de rente, et tout le monde les dépense...

(Un domestique apporte le thé. Henriette entre, pour le servir, par la porte de gauche.)

MADAME MARÉCHAL

Oh ! c'est très brillant, je sais...

M. MARÉCHAL, à Henriette.

Tu n'as donc pas pu décider ta paresseuse de mère à te mener au bal?

HENRIETTE

Oh! ce n'est pas maman... Elle m'avait proposé de m'y mener... je n'ai pas voulu, ça m'ennuie.

M. MARÉCHAL

Déjà?... mon Dieu! comme tu fais tes dents de

sagesse de bonne heure ! (Henriette passe adroite et range sur le guéridon. — M. Maréchal s'assied sur la chaise, à droite, auprès

de la table de thé.) A propos, ma chèrc, OU a l'habitude

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de laisser rargenterie dans la cuisine... Je ne sais pas s'il ne serait pas plus prudent de la faire remonter ici pendant la nuit... 11 paraît que le jardinier, en venant le matin, l'autre jour, a vu des pas

dans le jardm... (Henriette, ai)rps un mouvement et un regard vers la fenêtre, va vivement vers la table et se met h servir le thé.)

des pas d'homme, à ce qu'il dit...

MADAME MARÉCHAL, troublée.

Ah ! il a vu...

M. MARÉCHAL

Oh ! c'est bien arrivé à Robinson !... (A Henriette qui le sert.) Pas dc lait... non... Mais je te dis non... Tu as une manière de servir le thé, par exemple, ce soir! (A madame Maréchal.) Oui, ma chèrc, près dc la

maison, dans l'allée... (Henriette repose sur la table la théière, et madame Maréchal sa tasse de thé.) BOU ! VOUS VOllà

effrayées, je parie...

MADAME MARÉCHAL

Moi... mais... mais non...

UENRUÎlTTE , se penchant vers son père comme pour couvrir sa mère.

Oh ! nous sommes une des seules maisons où il y ait des fleurs... On vient peut-être la nuit pour en prendre... C'est si mal fermé sur la plage...

(Madame Maréchal regarde sa fille.) M. MARÉCHAL , se levant.

C'est qu'il paraît qu'on exploite le pays depuis quelque temps... une bande de rôdeurs de nuit... Les Robiquet, tu sais?... Ils ont été complètement dévalisés pendant qu'ils étaient à Paris... On me

sait souvent absent... Il y a cette fenêtre du corridor... Vous feriez bien de la fermer... (Allant vers la porte du fond.) x\vec Ic treillage qui est contre la maison... c'est si facile de grimper, et on est tout de suite à vos deux chambres... (a part.) En attendant, comme mesure de précaution, je vais toujours glisser une paire de balles dans mes pistolets... (Haut.) Tiens ! Henriette. . . (ii lui donne une tasse.) Regardemoi donc... (Lui prenant la main.) Mais tU aS IcS VeUX

rouges?

HENRIETTE

Moi? mais non... C'est qu'il commençait h faire froid au bord de la mer...

(Elle passe vers le guéridon, a droite, et prend un moment son ouvrag-e.)

M. MARECHAL , k madame Maréchal, assise à f>auciie.

As-tu parlé à Henriette?

MADAME MARÉCHAL

Oui, mon ami.

M. MARÉCHAL

Eh bien!

MADAME MARÉCHAL

Eh bien! Henriette ne m'a pas répondu...

HENRIETTE

Mais, maman, vous savez bien, je vous ai dit...

M. MARÉCHAL

Allons! Henriette, pas d'enfantillage... Te voilà devant nous; ce n'est pas un tribunal, sapristi! Allons! faut-il t'aider à parler? Je vais faire l'appel

(les jeunes gens que nous rencontrons ici... Voyons si mes petites jalousies de père ont eu de bons

yeux... Le petit LugeaC, hé? (Henriette lalt un signe de tète négatif.) M. ds Vermorel? (Même jeu d'Henriette.) NOU ?

Ah! je vais t'en nommer un... Tenez, ma chère, pour celui-là, je voudrais que notre fille dise oui... Mon Dieu! je sais, il est bien jeune... mais c'est un défaut qui ne dure pas... 11 n'a pas précisément le poids d'Henriette comme fortune, mais notre fille sera assez riche... Et je passerais par-dessus tout cela... Je ne sais pas pourquoi toutes les fois que j'ai cherché k me figurer mon gendre, c'était la ligure de ce gar{;on-là que je voyais... Ah! un vrai jeune homme!... de la poudre! Charmant, là, charmant!... Bonne famille... un nom honorable...

MADAMl MARÉCHAL.

C'est?

M. MARÉCHAL

Oh! lu sais bien... Eh bien, le petit Paul... Paul de Bréville...

IIKNRIKÏTK , se retournant vivement.

Je ne l'aime pas, M. Paul de Bréville...

M. MARÉCHAL

Ah ! tu le dépèches bien de dire que tu ne l'aimes pas... Tiens! aujourd'hui lu es dans tes diables d'entêtements... On te nommerait toute la terre... Qu'en dites-vous, Louise? Est-ce que vous ne voyez pas comme moi ce joli couple-là? Est-ce que vous n'auriez pas du plaisir à les voir tous les deux ensemble, à côté de nous?...

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