‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 20 sur 108 · YERMASSE, L'APPRENTI, MANON. BOSC UNE PETITE MARCHANDE D'OISEAUX · texte numérisé non relu

YERMASSE, L'APPRENTI, MANON. BOSC UNE PETITE MARCHANDE D'OISEAUX

.MANON, à Bosc.

Votre bras ! Voyez donc ce Paris, comme il vibre !

BOSC

Dès qu'il s'amuse, il se croit libre ! Le peuple est un enfant géant Qui joue encore à la poupée î

• MANON

Patience ! Il sort du néant :

Ce soir, il aura ceint Tépée !

Par la déchéance du roi ?

Hélas ! y comptes-tu ?

MANON

C'est un peu mon ouvrage.

BOSC

Roland aime le roi.

MANON

C'est là qu'est le courage.

BOSC

Triste courage.

MANON

Non. s'il m'aime !... Croyez-moi, En ce moment, vainqueur du vieux monde, il enterre La Royauté dans le triomphe de Voltaire. Allons le voir passer, j'en ai quelque fierté î

VERMASSE, sortant de son échoppe.

Citoyenne, salut !

Manon salue Vermasse. A peine Yermasse dehors, l'apprenti sort et s'enfuit en faisant la roue sur les maius.

L'APPRENTI

Vive la liberté !

VEPiMASSE. jouant la colère.

Pitt et Cobourg !... Polisson, tu désertes Comme les émigrés ! Car ils ont déserté, N'est-ce pas. citoyenne*?

MANON

Certes !

UNE l'F.TITE ('ISEEIERE. Elle entre en portant de petites caares dont chacune contient un oiseau avec une lianderolle tricolore. Elle lance son cri de rue et va à Manon.

Oui veut dos cages.

« Oiseaux des bocagi - :

« Pinsons, bouvreuils, chardonnerets. »

MANON, allant à elle.

Tu vends des prisonniers, ma petite geôlière ?

L'OISELIÈRE

Si nous avions du pain, je vous les donnerais ! Prenez! Pour quelques sous on ouvre une volière,

L'oiseau s'envole avec un vœu

Voyez : ils ont au bec chacun leur banderolle : Vous murmurez sous leurs ailes une parole,

Ils montent la porter à Dieu !

YERMASSE

Pas très sans-culotte, le jeu!

(Il retourne dans son échoppe.) MANON, va s'asseoir sur le banc.)

Donne-m'en trois.

L'OISELIÈRE

C'est simple : à chaque cage un vœu !

(Bosc s'éloigne avec l'oiselière. Manon; assise seule, sur le banc, ouvre successivement trois cages et donne l'essor aux oiseaHX sur les paroles suivantes :)

MANON

Va, pinson d'or, là-bas, à la frontière, Perche au drapeau, chante au soleil !

(Le premier oiseau s'envole.)

Chardonneret, connais-tu la Plâtière ?

Perche au berceau, chante au réveil !

(Le deuxième oiseau s'envole.)

Bouvreuil, l'amour dompte la plus altière ! Perche au tombeau, chante au sommeil !

(Le troisième oiseau ne sort pas de la c;ige ouverte.)

Celui-ci ne veut pas partir ?

L'OISELIÈRE, courant à elle.

Bravo, madame !

MANON

Comment !

L'OISELIERE

Excusez-moi. mais l'on dit plaisamment En ce cas que l'amant adore son tourment Et qu'heureux en prison il veut y laisser l'âme. Ne vous en fâchez point ?

Au contraire, charmant !

BOSC\ à l'oiselière.

Combien est-ce ?

L'OISELIÈRE

Dix sous par cage, avec la cage.

Sans la cage, deux sous, pour l'oiseau, s'il convient ?

la payant.

Comment est-il moins cher que la cage ?

L'OISELIÈRE

Il revient !

EOSC

Voilà du bon commerce et prospère, je gage. Tu vends beaucoup '!

L'OISELIÈRE

Surtout à l'enlour des prisons ; Chacun y a quelqu'un, coupable ou non. Leur crime

N'empêche pas ceux que nous méprisons D'être aimés et d'aimer î

EOSC

Ton commerce l'exprime !

L'OISELIÈRE

Au revoir, madame, et merci.

(Elle reprend sur le banc ses paniers vides et sort en jetant son cri.)

« Qui veut des cages ?

« Oiseaux des bocages... »

(Et tout à coup elle s'arrête effrayée,, en indiquant la foule qui arrive dans une rumeur grandissante.)

Mon Dieu, tout ce monde !... Ils viennent ici!...

(Elle se sauve.)

BOSC, effrayé à son tour, court à la balustrade, s'y penche et revient vivement à Manon.

Écoute ce bruit de houle

Qui monte et grossit dans l'air?...

MANON

J'aime la rumeur de mer Et de vent que fait la foule !...

Allons voir.

BOSC, l'oreille tendue.

On crie à la trahison !

Rentrons vite !

-MANON

Pourquoi?

BOSC

Ton calme me consterne.

Je distingue le mot : lanterne.

VERMASSE, sortant de son échoppe.

Et moi, j'entends le mot prison ; Un tour de clef, d'abord. C'est plus sage...

(Il ferme la porte de son échoppe.)

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