MANON BUZOT
MANON, «liment.
Voyons, pour un jour, un seul, grâce ! Aujourd'hui j'ai besoin de rire î Votre main, Mon sauveur!.. Non?.. J'irai donc seule au Val-de-Grâce Voir triompher Voltaire... et Roland!... A demain...
(Elle fait quelques pas et revient à Buzot. )
Ami. ne montrez pas le poing à la fortune, Vous avez en un jour la Rue et la Tribune Et je vous dois la vie...
BUZOT
En ai-je fait un pas ?
MANON, impatientée.
Faut-il qu'à l'amitié toujours l'on vous ramène ?
BUZOT
Ah ! cruelle, cessez ce jeu de Céiimène !
Vous n'aimez que le peuple et vous ne m'aimez pas.
MANON, spirituellement.
Nous sommes seuls, ils sont partis, parlez plus bras,
BUZOT
Me suis -je donc trahi ?
MANON
Je n'ai rien à vous dire.
BUZOT
Ne m'interdisez plus alors l'aveu trop lent...
MANON, l'interrompant.
Que faut-il donc vous interdire, L'entretien d'une amie, ou le seuil de Roland?
BUZOT
Cessez, au moins, cessez d'être belle, ou rebelle; Calmez de vos regards le mal que font vos yeux, Ou n'inspirez d'amour qu'à des fous ou des dieux !
MANON riant.
Camille Desmoulins répond dans un libelle :
Il s'étonne qu'on m'aime et dit, moins galamment
Que véridiquement, que je ne suis point belle.
BUZOT
11 m'en rendrait raison si j'étais votre amant.
Un mari suffirait si l'offense était grave,
El vous n'ignorez pas que le mien est très brave.
Le trait de Desmoulins ne découvre que lui.
J'en attends mieux d'un autre à partir d'aujourd'hui.
BUZOT
De qui ?
MANON
Plus tard.
Bl'ZOT
Danton ?
MANON
Laissons l'ennemi naître.
Mais vous m'aimez vraiment si vous le devinez, Et c'est trop pour un jour : vous finiriez par être Irrésistible!... Allons, je plaisante, venez.
Retour de la foule au fond et par les côtés.) LA FOULE
A bas Roland ! A la lanterne ! Mort au traitre.
Entrent BarLarous. le Sans-culolte. la foule. Vermasse, puis Roland et Bosc.)