PROLOGUE
Mesdames el Messieurs, la plupart des héros
De ce drame ont l'honneur, grâce aux arts libéraux.
De vous avoir été présentés... au collège.
Ils partagent avec les rois le privilège
D'être, quoique défunts, vivants, et leurs cent ans
Ne les vieillissent point d'une heure î... Ces Titans
Au cri de Bossue t opposent pour réplique :
« La République meurt î... Vive la République î »
Il semble qu'on les voie étirer parmi nous
Le bronze qui les gagne et leur monte aux genoux :
De leurs voix que le temps lui-même ne peut clore.
Ils sonnent l'avenir dont ils vibrent encore,
Et ces hommes, déjà demi- dieux jusqu'aux reins,
Sans cesser d'être aïeux restent contemporains.
Dès l'âge où nous nous déformons d'après l'antique Sur les bancs, nous savons cette histoire authentique. Hommes nouveaux, calqués sur l'homme du vieux jeu, La Révolution Française, c'est un peu Notre siège de Troie, et cette milliade, Si l'Homère en surgit» aura son Iliade.
En attendant, d'obscurs rapsodes de métier Amassent les moellons et gâchent le mortier.
L'Ost de quatre-vingt-neuf, qui conquit sa Pergame.
Un Quatorze Juillet immortel, amalgame
Un ramas de guerriers monstrueux et divins
Entraînés par Uarchet des poètes-devins.
Bons pour Aristophane autant que pour Eschyle,
Et l'on y voit Thersite avoisiner Achille.
En les réincarnant il masque d'autres noms
Les Ulysses subtils, les fiers Agamemnons :
Ruse étrange, mais d'un oracle compensée,
Grâce au cheval de bois de la Libre-Pensée,
Où nous croyons encor que nous caracolons.
Il fait entrer Argos dans Troie, à reculons,
Et, signant tous les fronts, purs ou sillés de rides,
Il campe au grand complet sa famille d'Atrides
Sous la place où respire une Hélène, ô Paris,
Qu'on nomme : Liberté, dans l'argot de Paris.
Oh ! cette Hélène-là, qu'il faut toujours reprendre. Priam périt encor de n'avoir su la rendre. Et plus d'un noble Hector, pour elle et sa beauté. Derrière un char sanglant, cadavre cahoté, Fut autour des remparts traîné par la crinière. Dignes d'une Iliade, ils sont de la dernière, Et le culte qu'on voue à tous les vrais héros Renonce à distinguer les martyrs des bourreaux.
Cent ans ! Ils ont cent ans de recul et de socle î A Corneille demain, comme hier à Sophocle, La légende les donne, et lui fait ce loisir De n'avoir, entre tant d'immortels, qu'à choisir. Avec leur Clytemnestre ou leur Iphigénie,