‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 72 sur 108 · LOETITIA, TALLEYRAND. PAULINE, CAROLINE JUNOT, MURAT · texte numérisé non relu

LOETITIA, TALLEYRAND. PAULINE, CAROLINE JUNOT, MURAT

LŒTITIA, elle vient de la gauche, escortée de ses deux filles Caroline et Pauline. — Talleyrand les suit.

Là, sur ce banc, je serai bien. Merci, Paillette, merci, Caroline. Allez vous amuser, mes enfants, M. de Talleyrand me tiendra compagnie. Les vieilles femmes et les diplomates sont faits pour s'entendre.

CAROLINE. àTallcjrand.

Vous avez de la chance tous les deux d'être exemptés de la corvée du jeu de barres !

TALLEYRAND, montrant son pied bot.

Pour moi, je n'en dois le privilège qu'à... la nature. Si vous me l'enviez, madame Murât, échangeons nos jambes.

LOLTITIA

Sans mes cinquante-quatre ans on me verrait sur la pelouse. J'ai bien aimé courir ! En Corse, je ne le cédais à personne pour la vitesse, votre oncle Fesch vous le dirait ! Tu n'as que vingt-deux ans, toi, Caroline.

PAULINE

Et moi, que vingt-quatre, et Borghèse ne me défend pas de voltiger!... Mais il y a des jeux plus drôles que les barres ! Sans compter que Bonaparte y triche d'une façon révoltante î II n'accorde jamais qu'il soit pris ni vaincu !

Le manque d'habitude, madame.

CAROLINE

Je croyais bien qu'on en avait fini avec ces illustres et insupportables parties de barres de la Malmaison ! La stupeur a été générale lorsque après le déjeuner le Premier Consul a été pris d'un regain pour un divertissement depuis longtemps délaissé. « Tout le monde jouera », a-t-il ordoniïé, « et sans exception », a-t-il ajouté en regardant Joséphine.

T ALLE YR AND, feignant un lapsus.

Et qu'a répondu l'impératrice '?

CAROLINE

Vous dites ?

TALLEYRAND

Je demande si la femme du Premier Consul...

CAROLINE

Pardon, vous avez dit : l'impératrice.

PAULINE

Oui, oui, vous l'avez dit. Je l'ai parfaitement entendu.

CAROLINE

Dieu merci, elle ne l'est pas encore!

PAULINE

Ah î non, elle ne l'est pas ! nous ne le voulons pas, monsieur de Talleyrand. vous entendez.

CAROLINE

Nous saurons bien, Murât et moi, empêcher ce scandale ! n'est-ce pas, maman ?

PAULINE

On croit que nous n'osons pas tenir tête à Bonaparte î

D'abord il nous aime !

CAROLINE

Et il ne l'aime plus.

PAULINE

Il y a beau temps qu'il a assez d'elle ! Il a des maîtresses qui le prouvent.

TLUS QUE REINE 221

CAROLINE

Une femme qui, en huit ans n'a pas trouvé le moyen de lui donner un enfant ! Je ne suis mariée que depuis quatre ans, et j'en ai trois de Murât, qui n'est pourtant que général !

TALLEYRAND

Vous voulez dire...

PAULINE, coupant la parole à Tallcyrand.

Moi, je n'en ai pas eu de Leclerc... heureusement, ni de Borghèse... parce que je n'y tiens pas... "pour le moment... Mais si, pour l'empêcher d'être impératrice, on veut que je me sacrifie... j'en rendrai à la mère Gigogne.

(Junot et Murât entrent en courant.) LŒTITIA

Allons, mes filles, on vient.

JUNOT, à Pauline.

A quoi pensez-vous donc, mesdames? La partie bat son plein. Le Premier Consul nous envoie vous chercher.

MURAT, à Caroline.

Viens voir ce spectacle, ma chère. Elle court comme à quinze ans, et presque aussi vite que sa fille.

CAROLINE

Qui?

MURAT

Mais la créole !

(Junot et Pauline, Murât et Caroline sortent.)

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