‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 58 sur 135 · SCENE VI XAVIER, MAXIME · texte numérisé non relu

SCENE VI XAVIER, MAXIME

MAXIME

nu'est-ce qu'il y a ?

XAVIER

Je t'ai aimé comme un frère. Je t'ai admiré comme un brave. J'ai cru en toi plus qu'en moi-même. Tu étais pauvre, isolé, sans famille; la vie n'ouvrait devant toi

que des chemins arides. Tu étais destiné à la misère, à l'obscurité, au désespoir peut-être. Je t'ai donné une famille ; je t'ai sorti du néant et je t'ai fait le travail heureux et facile. Tu as, grâce à moi, réalisé un rêve de gloire, de fortune et d'amour. Et voilà ce que tu as fait de ma sœur!

Ah ! Xavier. Le chagrin t'égare, toi aussi ! J'y ai passé, je te pardonne.

XAVIER

Ma pauvre Gilberte ! Tu sais qui c'est que Gilberte ! Il n'y a pas sur les sommets des montagnes de lac plus pur et plus transparent que cette âme. Je pouvais la donner à des princes, à des hommes illustres, je pouvais choisir dans l'élite pour elle. Elle avait tous les dons : beauté, grâce, candeur, noblesse, fortune et séduction infinie. Elle est à toi. Elle t'aime à en mourir.

MAXIME

Si elle ne m'aimait pas, crois-tu que je serais encore en vie. — Tu sais tout, alors?

XAVIER

C'est donc vrai ?

MAXIME

Ah ! Xavier, voilà un étrange piège. Je pourrais m'en venger en te révélant le nom du misérable... Mais tu souffrirais trop.

XAVIER

Dis-le-moi.

MAXIME

Non. Je veux garder au moins celte moitié de ma torture pour moi seul. J'avais rêvé de vous épargner

l'autre, à notre tante et à toi... Mais j'avais compté sans la pénétration de la comtesse. C'est elle qui t'a instruit, n'est-ce pas ? Elle a deviné ?

Oui.

MAXIME

Je vous plains tous les deux de tout ce que j'endure. Mais l'important est que Gilberte vive dans l'éternelle ignorance de son malheur. Tant qu'elle ne saura rien, je pourrai écouter tes reproches... Emousse-les un peu cependant, si tu m'aimes.

XAVIER

Soit, mais par où la catastrophe, qui nous atteinL tous à des degrés différents, si tu veux, nous libère-t-elle de nos devoirs envers Gilberte, moi de mes devoirs de frère, toi de tes devoirs de mari? En quoi justifie-l-elle une trahison ?

MAXIME

Quelle trahison? Je ne suis pas l'amant d'Olga.

XAVIER

Jure-moi que tu ne le seras pas avant huit jours.

MAXIME

Hélas ! Xavier, c'est possible.

XAVIER

C'est là ta réponse ?

MAXIME

Où as-tu pris que je fusse un demi-dieu? Je suis un homme comme toi. J'ai fait des efforts inouïs pour me dompter. Tu n'en sais rien et n'as pas à le savoir. J'ai

mis moi-même le feu à ma maison, espérant qu'avec les témoins disparaîtrait le témoignage. Mais la mémoire j est un livre où rien ne s'efface. Il y a deux Gilberte, celle qui est ici et celle qui est morte. Rends-la-moi, celle-là, et tu retrouveras Maxime.

XAVIER

Cela veut dire que tu ne l'aimes plus ?

MAXIME

Je ne l'aime plus, moi ! Mais j'en meurs.

XAVIER

Alors si tu l'aimes, pourquoi la délaisses-tu?... Enfin réponds... nous sommes des hommes et nous pouvons tout nous dire... Gilberte est adorablement jolie... et vous n'avez pas d'enfant.

MAXIME

Oh ! je t'en conjure ! Pas cela. C'est à me précipiter par celle fenêtre.

XAVIER

Est-ce que je n'aurai jamais de neveu. Maxime ?

MAXIME

Tiens, tu me tenailles sans pitié. Souffre à ton tour. L'infâme... c'est Brutus !

XAVIER Oh !... (Il fait un effort pour no pas tomber et se domine peu à peu.

Eh bien, qu'importe, tu dois épargner ma sœur. Epargne ma sœurette, Maxime.

MAXIME

Tu ferais ce que tu me demandes., toi '?

Oui.

Jure-le.

Je le jure.

XAVIER

MAXIME

XAVIER

MAXIME

Ah!... Tu vois ce fruit. Il était exceptionnellement beau et savoureux... Un goujat y a mordu... Finis-le.

XAVIER, reculant.

Qui?... moi? Pourquoi?

MAXIME

Je n'ai pas autre chose à te dire. Je vais rejoindre Livournet. (il sort.)

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