ACTE III
Tu n'as pas froid?
Froid? une nuit pareille, une nuit des pays chauds ? Ta promenade a dû être charmante ?
Délicieuse. Du reste, tu connais ces bois jusqu'à Versailles. Une atmosphère tiède, enveloppante, amoureuse ! Des vers luisants partout. Mes compagnons de route, qui ont vécu, eux aussi, en Algérie, au 67e, croyaient y être encore, oui, positivement. C'est l'oasis, disaient-ils !
MICHELINE
Quels compagnons de route ?
ADRIEN
Les deux frères de Rostolan, le comte et le vicomte. Des hommes de la plus haute culture et de la. meilleure noblesse, un peu mes cousins, tu sais ! Le vicomte est poète. Le comte est surtout un excellent soldat, il sera colonel l'année prochaine, c'est réglé d'avance.
MICHELINE
Tu les as rencontrés?
ADRIEN
J'allais te le raconter?
MICHELINE
Dans les bois ?
ADRIEN
Naturellement ! C'est une chance, hein?
La nuit?
ADRIEN
Figure-toi qu'ils venaient ici.
MICHELINE
A onze heures moins cinq minutes ?
ADRIEN
Pour faire un whist!... Ils sont passionnés de whist... Je les ai ramenés. Ils sont en bas, dans le salon, vienstu ?
MICHELINE
Je ne peux pas, Adrien.
ADRIEN
Pourquoi donc ?
MICHELINE
Mais... j'attends quelqu'un sur cette terrasse.
ADRIEN
Ils peuvent monter. On fera le whist sur les toits, a giorno, ce sera très original. Je vais les chercher, hein '.'
MICHELINE
Dans le vingt-huitième paquet, il n'est pas question de whist...