SCENE III
Les Mêmes, LA POMPADOUR, MARIGNY, DU H AU S SET, des Porteurs de chaise.
Les porteurs s'arrêtent au fond. Marigny entre. MARIGNY, aux porteurs.
Arrêtez! c'est ici. Entrez.
(Ils apportent la chaise au milieu du théâtre. La Pompadour lève le rideau de la chaise. La Maréchale court à la chaise et prend la main que la Pompadour lui tend.)
LA POMPADOUR
Ah! ces fleurs, chère Zélie! C'est de vous, cela... Comme vous savez aimer!... Dites aux porteurs d'attendre.
MARIGNY
Peux-tu sortir seule? Veux-tu que je te porte à ta chambre?
LA POMPADOUR
Non, VOS bras Seulement. (Elle sort de la chaise, aidée par Marigny et la Maréchale. Elle fait quelques pas.) VOUS êtes tOUS
là, tous ceux que j'aime. Merci... c'est donc l'heure!
DU HAUSSET
Madame a besoin de son lit, elle doit être brisée.
LA POMPADOUR
Non, pas mon lit.
206 LA POMPADOUR
SOUBISE Sur ce divan, alors, chère amie?
LA POMPADOUR Oui. (Elle marche vers le divan et s'arrête, les yeux fixés à terre.)
Oh! des pierres aussi... une jonchée de pierreries. M. de Saint-Germain est venu.
SAINT-GERMAIN, sans bouger.
Il est là, Madame, près de vous.'
LA POMPADOUR, à Saint-Germain.
C'est donc vrai, votre science"? Je n'y croyais pas. Tout s'est réalisé. (Elle s'assied sur le divan.) Je suis très bien. Je ne souffre plus du tout. Entourez-moi, mais dites bien aux porteurs d'attendre.
RICHELIEU
Désirez-vous quelque cordial?
LA POMPADOUR
Le meilleur est de vous voir, mon cher héros... (A Bernis.) L'abbé, mais que dis-je, Monseigneur, venez que je vous édifie. Je suis en règle avec l'Église. Mon curé est venu hier, nous avons longuement causé et la paix est faite. Croyez-moi, Bernis, quand vous en serez là, n'hésitez pas... comme dit Sophie Arnould... Cela leur fait tant de plaisir et nous coûte si peu! (Apercevant Guay.i Mon cher maître... (Elle indique le touret.) Je veux aller là.
(Elle se lève.) Non, toute Seule. (Elle va au touret.) YoVr/.
comme je suis forte. (Elle s'assied au touret.) Oh ! mon cher
camée. (Elle prend la pose du Ier acte, au touret.) Fidèle amitié..
(Elle s'arrête.) Je ne peux pas!... Mon bon touret ne tourne plus sous le pied de la Pompadour ! J'aurais tant voulu le signer!
GUAY, très ému.
Bagasse !
LA POMPADOUR
C'est vous qui me le finirez. (Elle se lève. A Marigny.) Ton bras, Abel.
MARIGNY
Où veux-tu aller '?
LA POMPADOUR
Je te conduis. Marchons dans les fleurs. (Elle va à Saint- Germain.) Il ne vient pas, monsieur le comte, et je m'en vais pourtant.
SAINT-GERMAIN
Il viendra ! Nous ne trompons pas. Croyez.
LA POMPADOUR, elle marche à Marigny.
J'ai ajouté ce matin quelques legs à mon testament. Je pense ne plus avoir oublié personne. Tu y veilleras... (Elle va à la Maréchale.) Zélie, est-ce que je ne verrai pas aujourd'hui le Bien-Aimé?
LA MARÉCHALE
Certainement, mon ange, à son heure habituelle, dans quelques minutes.
LA POMPADOUR
Aidez-moi à rentrer dans la chaise.
LA MARÉCHALE
Est-ce là que vous voulez le recevoir?
LA POMPADOUR
Oui.
208 LA POMPADOUR
DU HAUSSET
Pourquoi, Madame?
LA POMPADOUR
Je serai là comme le veut l'étiquette.
MARIGNY
Comment, ma sœur?
LA POMPADOUR
Prête à remporter dans le coffre du grand voyage... Je fais des économies au roi. (Elle rentre dans la chaise.) A présent, mes fards.
DU HAUSSET
Mais, Madame...
Je ne veux pas, tu comprends, être repoussante... et
lui faire peur. (Elle se poudre, se lustre et met du rouge.) Ma
boite à mouches... Tiens-moi le miroir, ma Hausset... Là, dans les fossettes chantées par Bernis. (Elle met ses
mouches. — Cinq heures sonnent.) Je Suis prête.
(Un silence. — Le roi paraît à l'escalier.)