‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 42 sur 67 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

GÉRALDINE, VALENTIN

GÉRALDINE

Et maintenant?

VALENTIN

Je t'adore et je ne désire plus rien.

GÉRALDINE

La. plus belle fille du monde!... Voilà. Ce n'est que ça! (il tire les rideaux.) C'est gentil, chez toi. Quel «rdre! Mâtin! pas

un fil qui traîne. Tu dessines? C'est à l'encre de Chine? Qu'est-ce que ça représente? Un tire-bouchon?

VALENTIN

Non, un puits artésien dont j'ai la commande pour la Corse.

GÉRALDINE

Comme celui de Vaugirard?

Plus grec, j'espère.

GÉRALDINE

Fais voir tes clefs. En trousseau?

VALENTIN

Oui.

GÉRALDINE

Mais, chéri, si tu perds l'anneau?...

VALENTIN

Eh bien?

GÉRALDINE

Au lieu d'une clef...

VALENTIN

Au lieu d'une clef?

GÉRALDINE

Tu les perds toutes?

VALENTIN

Je ne perds pas l'anneau, voilà tout?

GÉRALDINE Comment fais-tu?

VALENTIN

Je l'accroche.

GÉRALDINE

C'est extraordinaire! Qu'est-ce qui te fait ton ménage?

VALENTIN

Une femme du même nom.

GÉRALDINE

Hein? Quoi!

VALENTIN

Une femme de ménage.

GÉRALDINE

Ah! bon! Un calembour!

VALENTIN

C'est comme ça que nous les faisons dans les Mines.

GÉRALDINE

Je te demande pardon, mais le lendemain je suis toujours très bête !

VALENTIN

C'est charmant, au contraire !

GÉRALDINE

Dis donc, amour, je n'ai pas bien vu hier soir. Dans ton entresol, tu as trois chambres?

VALENTIN

Et une cuisine transformée en débarras.

Où boulottes-tu donc?

VALENTIN

N'importe où. Le plus souvent au Cercle des ingénieurs. Mais on peut faire la popotte ici. J'ai un fourneau. J'y ai forgé du fer. D'ailleurs, je sais faire l'omelette.

Au lard?

Non ! aux œufs !

GERALDINE

VALENTIN

GÉRALDINE

Oh! que tu es drôle. Embrasse-moi. Quand j'ai commencé, figure-toi, j'achetais des pieds truffés et je les mangeais tout crus, comme l'ogre. Je dois à Pepetta l'art de les griller sur la braise. C'est même comme ça que je l'ai connue. Nous étions voisines de couloir! Personne comme elle ne fait les frites! Tu verras!

VALENTIN

Est-ce que nous gardons Pepetta?

GÉRALDINE

Oh! la pauvre! Comment veux- tu que je m'en passe? D'abord, je lui dois tous ses gages.

Je les lui paierai !

Onze ans!

GÉRALDINE VALENTIN

Diable !... A combien?

GÉRALDINE

Ça n'a jamais été dit; d'abord on devait partager.

VALENTIN

Partager quoi ?

GÉRALDINE, se reprenant.

Mais les frites 1 Embrasse encore. Non. Dans le cou. (Elle s'assied.) Vraiment, je ne me vois pas sans Pepetta. (Valentin ramasse une épingle.) Tiens! Tu les ramasses toujours?

VALENTIN

C'est plus fort que moi.

GÉRALDINE

Alors, mon petit, tu seras riche.

VALENTIN

Ah?

GÉRALDINE

Tous les millionnaires commencent comme ça.

VANLETIN

J'en accepte l'augure.

GÉRALDINE, se levant.

En somme, il est tout petit, ton nid. Je vais te gêner.

VALENTIN

Oh! Géraldine!

GÉRALDINE

Dame! avec Pepetta!

VALENTIN

Il est certain que si tu tiens à la garder!...

GÉRALDINE

Du reste, tu vas la voir arriver. Tiens, il a gelé cette nuit?

VALENTINE

A blanc, oui.

GÉRALDINE

Pas pour nous. Tu vas être fier, je crève de faim. C'est votre faute, monsieur Valentin... A quelle heure déjeunes-tu?

VALENTIN

A midi.

GÉRALDINE

Jamais avant?

Ni après.

GÉRALDINE

Tu es réglé comme un ressort de montre !

VALENTIN

Il le faut bien.

GÉRALDINE

En tout, alors?

VALENTIN

Autant que possible.

GÉRALDINE, riant.

Ah! mince!

VALENTIN, riant aussi.

Le vocable n'est pas très distingué, mais tu le jettes si gentiment! (il l'embrasse.) Il y a un moyen de garder Pepetta.

GERALDINE

Lequel?

VALENTIN

Que dirais-tu d'un superbe cinquième, dix pièces, ascen-

PETITE MKJŒ 159

seur, calorifère, électricité, tout le confort moderne, un large balcon, dans une maison neuve, ;iu Trorudéro?

GÉRALDINE

Tu veux m'offrirça?

YALENTIN

Nous pouvons y entrer ce soir.

GÉRALDINE

C'était pour ton mariage?

YALENTIN

Oui, avant de te connaître.

GÉRALDINE

J'en aimerais mieux un autre.

VALENTIN

Il va me rester sur les bras.

GÉRALDINE

Ah! c'est vrai! Tu vois, je te fais perdre ta position.

YALENTIN

Tu perds bien la tienne.

GÉRALDINE

Oh ! moi, ça se retrouve !

YALENTIN

Ça part du cœur.

GÉRALDINE

Qu'est-ce que tuas conpris?

VALENTIN

Il n'y a pas deux sens.

GERALDINE

Es-tu gosse! Tu t'imagines que l'on s'aime toujours.

VALENTIN

Sans reproche, cela n'a. encore duré que dix heures vingtcinq.

GÉRALDINE

D'abord, c'est toi qui vas me lâcher.

VALENTIN

Moi ! Pour qui?

GÉRALDINE

Pour le Portugal.

VALENTIN

Je ne quitte plus Paris.

GÉRALDINE

Et tes affaires?

VALENTIN

Je n'en suis pas embarrassé. Je trouverai du travail. Ne t'inquiète de rien. J'ai tous mes diplômes. Je suis sorti avec le numéro un de l'École. Nous ne sommes que sept par an de première classe; avec cela on peut gagner du pain, même pour deux. On serrera un peu la boucle... pour commencer.

GÉRALDINE

Le petit suisse ne me fait pas peur! Mais les voyages?

Quoi les voyages?

GÉRALDINE

Ils font partie de ton négoce.

VALENTIN

De mon négoce, oui, mais pas de mon caractère. Jesuis très casanier, tu verras. Par tempérament, par goût, par hygiène, il y a. en moi un homme cPhabitude. Ce qu'il me faut, c'est l'intérieur , tranquille et gai, les objets fixes à leur place, le train train familier...

GÉRALDINE

Et les pantoufles ?

Tu m'en broderas.

J'essaierai...

VALENTIN

GÉRALDINE

VALENTIN

Tu réussiras! Sais-tu quelle est la femme que j'ai toujours rêvée? C'est la compagne fidèle et tendre dont l'amour se double d'amitié et qui partage les plaisirs et les soucis communs comme on coupe le pain quotidien. Je crois que tu es cette femme.

GÉRALDINE

Tu m'étonnes!

Enfin, tu peux l'être, puisque tu m'as si bien compris, toi, et à première vue! D'ailleurs, tu es radieusement jolie, très bonne, très adroite et naïve comme une petite fille de dix ans!

GÉRALDINE

Naïve, moi? Tu me vois naïve? Oh! que tu es gentil!

VALENTIN

Ah! si tu étais bien élevée! Mais je te formerai, je m'en charge.

GERALDINE

Il est peut-être bien tard, comme pour les pantoufles!

VALENTIN

Ce n'est qu'une question de milieux. Quand tu vas être sortie du tien, dans six mois... un an... tu seras parfaitement présentable. Je veux dire que tu me feras honneur.

GÉRALDINE

Oui, tu pourras me montrer... Tu donneras une fête !

VALENTIN

Dame! tu dis encore : Mince!

GÉRALDINE

On sonne. Parions que c'est Pepetta.

(Valentin va ouvrir. Pepetta paraît.)

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