SCÈNE III HÉLÈNE, ISOLE
HÉLÈNE, câline.
Vous ne sauriez croire à quel point votre visite m'est agréable. Asseyez-vous donc là, à côté de moi... Qu'estce que ce paquet?
ISOLE, avec émotion.
Mademoiselle vous avez semblé désirer un de nos costumes cauchois et je sais que vous partez. Ce n'est pas celui que vous aviez à l'assemblée, parce que celui-là, nous tenons désormais à le garder, mais c'est celui, de notre mère. Refuseriez-vous de l'emporter à Paris ?
HÉLÈNE, très émue.
Je ne sais que vous répondre... mais j'ai les larmes aux yeux... tenez !
ISOLE
Je ne cherchais pourtant qu'à vous faire plaisir...
HÉLÈNE
Non, Isole, je ne puis accepter ce présent.
ISOLE
Mais pour quelle raison '.'
HÉLÈNE
Vous le savez bien !
ISOLE, confuse.
Me faudra-t-il donc m'en retourner si tristement '.'... Vn présent n'engage à rien !
HÉLÈNE, soulignant les mots.
Cela dépend de qui il vient et à qui il va... Je ne puis, en échange, vous offrir rien d'aussi délicat; je ne suis pas aussi riche que vous.
ISOLE, à demi-voix.
On ne vous demandait que de vous souvenir.
HÉLÈNE
Mon devoir est d'oublier. {Se levant!) Je ne suis pas heureuse.
ISOLE, avec reproche.
•Nous, nous l'étions, mademoiselle !
HÉLÈNE
Si quelqu'un des vôtres souffre, à cause de moi, sans qu'il me soit permis d'alléger son chagrin, dites-lui que je pars demain et pour toujours. Dites à votre père que
■2% THEATRE D'EMILE BERGEItAT
je l'honore pour sa bonté et son grand courage, et que, si je devais oublier de remplir mon devoir, son exemple suffirait, à m'en faire souvenir. Dites-vous à vous-même, Isole, que si Ton choisissait sa sœur, vous seriez la mienne... et reprenez votre doux présent.
ISOLE, se levant.
Adieu donc, mademoiselle !
Oui, c'est le vrai mot ; adieu! Mais voulez-vous m'accorder la faveur que je désire le plus au monde ? Pour la première et dernière fois, embrassons-nous!
ISOLE, ilans ses bras, en nleuranl.
Hélas!... (Chuchotant.) Ma sœur !
HÉLÈNE
Ne me maudissez pas, vous agiriez comme moi !
Boire le duc.