VALENT! M
11 ne s'agit que d'un dîner de famille. C'est aujourd'hui ma fête, et ce serait la première fois que mon frère... mais vous ne pouvez me comprendre.
MARIA
Je comprends tout ce qui est clair, madame, et le cœur parle toujours clairement.
VALEXTLNE
Que voulez-vous dire ?
MARIA
Rien que de bien simple. M. Nalis a des devoirs de famille et vous venez les lui rappeler. Croyez, madame, que ce n'est pas moi qui le détournerai de les accomplir. D'ailleurs, comment pourrais-je en être jalouse? Votre fête à vous est aujourd'hui ; la mienne, à moi, est tous les jours.
La famille de Frédéric ne songe pas à engager la lutte contre une personne aussi habile que vous pa-
148 THÉÂTRE D'EMILE BERGEHAT
raissez l'être. Elle se contente de l'aimer à sa manière, délicatement, durablement et patiemment ; cet amourlà a ses dates sacrées et c'est une de ces dates qu'elle lui rappelle, voilà tout.
MARIA
Aussi, vous répétai-je que le mien n'a pas de dates et que je ne suis point jalouse.
VALENTINE
S'il en est ainsi, je vous prierai donc de nous le laisser ce soir.
MARIA
Mieux, madame, je le déciderai, s'il hésite.
VALENTINE
Mais il n'hésitera pas, madame.
MARIA
Quelle assurance !
VALENTINE
Les affections de famille ont ceci de particulier, qu'elles ont pour elles la certitude.
MARIA
Les autres ont le serment, madame.
Excusez-moi, madame, j'appartiens à un monde qui, en amour, ne connaît qu'un serment, le premier.
MARIA
Ce monde-là vous a faite bien hère, et il est permis de dire qu'il vous a mal appris la vie s'il ne vous a pas mieux enseigné la pitié.