‹ ThéâtreChapitre 68 sur 121 · SCÈNE IV FRÉDÉRIC, puis MARIA · texte numérisé non relu

SCÈNE IV FRÉDÉRIC, puis MARIA

FRÉDÉRIC

Le regard de cet homme m'a fait peur. Il faut à tout prix dépister sa poursuite; il faut y soustraire Maria.

(Maria entre.)

MARIA

Eh bien '?... J'ai cru qu'il t'était arrivé quelque chose. Tu m'avais dit dans dix minutes, il y a une heure.

FRÉDÉRIC

J'ai rencontré des camarades d'école. Mais ma chère Maria, quittons Monaco... veux- tu :'... Nous nous enfoncerons dans les montagnes, au hasard, en vrais touristes... C'est si beau !

MARIA

Nous arrivons à peine. Je n'ai pas seulement revu cette terrasse avec toi.

ANGE BOSANI ISS

KUÉDÉRIC

Qu'avons-nous besoin delà revoir? N'en avons-nous pas l'image gravée dans l'âme ? Allons-nous-en.

MARIA

Il est ici ?

FRÉDÉRIC

Non.

MARIA

C'est que je suis bien lasse, mon ami. Je rêvais de me reposer dans ces lieux bénis où la vie a commencé pour moi. Ne trouves-tu pas que celte soirée ressemble à l'autre ? Le même frisson court dans l'ombre ; le même parfum des citronniers... le même frémissement du feuillage... Ah ! que je suis bien !

FRÉDKUir,

Je t'en prie, ma chère âme, ne restons pas là ; dans l'état de faiblesse où tu es, c'est imprudent... le brouillard tombe.

MARIA, sans l'écouler.

Tiens, c'était ici: je reconnais la place. (Elle s'assied au

même endroit qu'au yteeve» acte.) Tu es venu de Ce CÔté... moi

je ne te voyais pas d*abord... je me suis retournée à ta voix... Redis-moi tout ce que tu m'as dit... regardemoi avec les yeux que tu avais si ardents et si timides... Que tu étais charmant ainsi !... oh ! répète-moi tout cela...

FSÉBÉRIC, impatient.

Veux-tu aussi que je redescende dans le gouffre !... Non, pardonne-moi, je ne sais ce que je dis... les nerfs me vibrent. Mais» quittons cet endroit... Je te jure qu'il le faut.

MARIA

Tes camarades t'ont parlé de moi... ils me connaissent..., c'est cela, n'est-ce pas ?... Pourtant s'il voyaient combien je t'aime, ils ne te feraient point de reproches...

FRÉDÉRIC

Nul ne s'est départi du respect qu'il le doit : je ne l'aurais pas souffert. Ils ne sont et ne peuvent être que jaloux.

MARIA

Tiens, c'est pour ces mots-là que je t'aime. Alors, partons... tu vois, je suis bien discrète, je ne te demande pas ton secret.

FRÉDÉRIC, lui prenant le liras.

Je te le dirai... mais qu'as-tu ?

MARIA, tombant sur un banc.

Je suis brisée... mais ce n'est rien... Je veux aller avec toi... je veux t'obéir... fais venir une voiture et viens me prendre... J'attendrai là.

frédérr:

Tu ne peux pas rester seule, c'est impossible !

MARIA

Je ne suis pas seule ici, mon ami : tu es partout. Et puis qui veux-tu qui me dérange? Il n'y a plus personne à Monaco en cette saison, et la nuit va m'envelopper.

FRÉDÉRIC, à part.

Le plus tôt sera le mieux... d'ailleurs, cette fois, je le tuerais, (il son.)

ANGE BOSANI 177

MARIA, seule.

Ah ! s'il savait pourquoi je suis si faible ! Allons, il n'y a pas de fleurs éternelles, et il n'y a pas, non plus, d'éternelles amours.

(Entre Bosani.)

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