‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 99 sur 170 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

nier. Celui que Jeanne a pris n'aurait jamais été ouvert et nous continuerions à jouir en paix de notre fortune.

Roger. — Nous ne le pouvons plus. (Lui prenant les mains.)

Nous taire, Marthe, nous taire est criminel. Garder une fortune qui ne m'appartient pas? Est-ce possible? il s'agit avant tout d'être honnête.

Madame Roger. — Il s'agit avant tout de l'avenir de mon fils, de mes filles et de Jeanne. Je refuse de le sacrifier. Non, Roger n'avait pas le droit de disposer de toute sa fortune.... Ne portais-tu pas son nom? N'étaistu pas son seul parent? Cet argent te l'es-tu indûment approprié? As-tu fait pour l'avoir une démarche équivoque? Elle, comment l'a-t-elle obtenu? De quelles sales complaisances a-t-elle payé la libéralité du cousin? Pourquoi t'aliéner l'esprit de Roger? Pourquoi te fermer sa porte, si ce n'était pour capter sa succession? Le hasard, Dieu peut-être, a déjoué ses calculs. Il nous a rendu notre bien, et nous nous en dépouillerions, parce qu'il a plu à un malade, à un fou, de tracer quelques lignes dont il ignorait la portée? Alors, moi qui toute ma vie fus une honnête femme, toi qui es un honnête homme, nous nous ruinerions au profit d'une fille, qui a roulé sur tous les trottoirs et pendant que nous recommencerions à trimer, elle se prélasserait dans un luxe insolent? Et cela serait équitable? et cela serait juste? Allons donc!

Roger. — Mais, comprends

Madvme Roger. — Enfin, je ne songe quà mes enfants, moi. Qu'ils continuent à ignorer la vérité et qu'ils soient riches sans remords.

Roger. — Je suis prêt à tout sacrifier à mes enfants, tout, hors ma probité. Tes raisonnements ne feront pas oue cet argent qui ne m'appartient pas, m'appartienne.

178 LE BIEN D'AITRUI.

Mon cousin a eu tort ou raison de me déshériter; je n'ai pas à trancher la question. Il m'a déshérité. Je connais mon devoir et je raccomplirai.

Madame Roger. — Mais que deviendra René? Que deviendra Marie? Et si Fournier refuse de l'épouser?

Roger. — Ne la courtisait-il que pour sa dot? Alors., notre fille ne le pleurera pas.

M.vDAME Roger. — Enfin, tu ne vas pas te dessaisir de ce testament ce soir même ?

Roger. — Plus nous tarderons à la restituer, plus nous regretterons cette fortune.

Madame Roger. — Qui nous presse? Attends un mois.... Attends une semaine. Celte Manon est riche. Nous pouvons sans inconvénient pour elle, garder quelques jours encore notre argent.

Roger. — Puisqu'il faut le lui rendre.

Madame Roger. — Tu peux changer d'avis.

Roger. — Je n'en cliangerai pas.

Madame Roger. — Mais malheureux, qu'allons-nous devenir?

Roger. — J'ai mon ancienne place.

Madame Roger. — Elle est déjà donnée.

Roger. — La semaine dernière encore elle était libre.

Madame Roger. — Mais on peut l'avoir prise depuis. J'exige avant tout que tu t'en assures, ou que tu en trouves une nouvelle. Je ne souffrirai pas que mes enfants soient jetés du jour au lendemain dans la rue, plus misérables encore qu'autrefois. Voyons, Denis, ce que je te demande là est raisonnable... tu le compronds....

Roger. — Tu le veux! Soit! Je vais à l'instant même trouver M. Dirsher, et après....

Madame Roger, voyant entrer René et Marie. — Ail! Enfin... vous voilà !

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