CLAP.A
Hélas ! petits, ne cherchez plus.
Pour la naissance de Jésus, Cette année, ô mon petit Pierre, i\oël ne viendra pas sur terre.
PIERHE.
Pourquoi ?
CLARA
Les hommes ont été méchants.
PETIT LOUIS
Les hommes, oui; mais les enfants?
PIERRE
Du pays où elle est, dis, pourquoi notre mère N'a-t-elle pas envoyé de joujoux?
EMMA
Et pourquoi sommes-nous sans nouvelles, sans lettre? CLARA, tristement.
Nulle lettre ne peut arriver jusqu'à nous De ce pays lointain. Mais, mes enfants, peut-être, Là-bas, un jour, la verrez-vous.
Clara entre dans la maison. On la voit s'occuper des soins du ménage.
PIERRE, à son frère et à sa sœur.
Venez avec moi tous les deux.
EMMA
Où donc, Pierrot?
l'IERKE.
Dans notre étable, Où jadis dormaient nos grands bœufs, Près de la charrue en érable.
Aujourd'hui notre étahle est vide, Car l'ennemi nous a tout pris Et tué, de sa main avide, Bœufs et moutons, chevaux, brebis.
Mais, on dit que dans une crèche, Un jour, l'Enfant J^sus naquit, Et transi, sur la paille fraîche, Entre l'âne et le bœuf dormit.
Or, en souvenir de son maître, Noël, chargé de lourds fardeaut.
Dans l'étable qui le vit naître Peut-être a caché nos cadeaux.
PKTIT I.OI.IS.
Tu as raison.
l'IERRE.
xVUons, vite.
Tous deux sortent en courant. Le père Jean, vieil homme, à la barbe et aux cheveux blancs, entre.
EMMA
Bonjour, père Jean 1
LE PÈRE JEA>'.
Où cours-tu, petite, Avec tes frères?
EMMA
Nous allons chercher Los cadeaux que Noël a dû nous apporter.
Elle sort.
LE l'ÈRE JEAN, s'approtliatit de la maison.
Clara I
CLARA
Père Jean, bonjour. Voici votre pain.
Elle coupe dans la miche un gros morceau. LE PÈRE JEAN.
Merci. Sans toi, je mourrais de faim.
Oui, je mourrais plutôt que d'aller au village.
Là-jas, j'étoutVerais de rage
Dexant ces soldats insolents.
Notre patrie était heureuse,
Sur cette terre généreuse.
Partout on n3 voyait que de gais laboureurs, Des mères qii chantaient et des enfants rieurs. Lorsque le s(ir tombait, la table de famille,
Blaiche et large, où tout brille.
Nous groupait, de l'aïeul à la petite fille, Et résonnait lu choc des verres et des voix. Un jour, les einemis, franchissant nos frontières, Ont promené [partout leurs fureurs meurtrières,
En dtiil changeant notre gaieté.
Par eux tout fj. détruit ; par eux tout fat tué.
CLARA
Ah! je meiouviens de leur arrivée.
Injurieix, la main levée,
l."0 LES CADEAUX DE NOËL.
Telle une horde d'Attila, Voraces, assoiffés, ils s'attablèrent là.
Ivres, chantant une chanson infâme, Ils voulurent livrer la maison à la ilamme. Furieux, mes parents saisirent leurs faux. Un officier jette un ordre. Aussitôt,
Tous deux saisis, liés.
Sont emmenés au village, fusillés.
LE PÈRE JE.\N
Et moi, Clara, je pleure ma Jeannette,
Si blonde, avec ses yeux de violette;
Un soldat la tua d'un coup de baïonnttte. Elle était immobile à terre,
Ses longs cheveux, en ondes déroulés.
De taches de sang étoiles.
L'enveloppaient comme un suaire ; Tout de rose, je l'habillai, Et, de mes vieilles mains tremblantes.
Au fond du jardin je creusai Une fosse où je la couchai, Rose sous des roses sanglantes.
Moi, je nai pas de tombe où je puisse prir.
Car, par ordre de l'officier, Les corps de mes parents furent noyés. .Parfois Ici se promenant, insolent et narqucîs Je revois l'officier.
Avec colère.
Dieu ! /
LES CADEAUX DE NOËL. loi
liË VkRE JEAN.
Patience!
Bientôt viendra le jour de la vengeance.
OLAKA.
0 jour attendu ! jour de joie !
Nous verrons triompher nos jeunes bataillons.
LE PÈRE JEAN
Nous verrons les oiseaux de proie S'envoler, pourchassés de sillons en sillons.