Scène première
La salle est sombre et vide. NELLO entre, par la porte de droite, premier plan.
Nello. — Ce cri ? Ce bruit ?Personne ?
(Derrière les rideaux, au fond, la voix de Malatesta s'élève, rauque.)
Malatesta, sans paraître. — Oui va là ? Nello. — Moi, Nello ?
Malatesta, soulève le rideau de droite, et, livide, balbutiant, sans avancer. — Ah ! c'est toi ?
Nello. — Pourquoi ces cris ?
(Malatesta montre son épée sanglante, qu'il essuie ensuite au rideau, machinalement.)
Malatesta. — C'en est fait !
(Il quitte le seuil, cédant la place à Nello, qui s'approche et regarde dans la chambre du fond éclairée par la lune.)
Nello, apercevant à terre le corps de Francesca, visible pour
lui seul, (iLTi-iére le rideau de gauche. — Francesca!. .. Elle se meurt !...
(Malatesta, qui a gagné la droite^ a laissé tomber son épée.)
Malatesta. — Quel cri elle a poussé! Tu l'as entendue?
Nello, sur le seuil. — Oui.
Malatesta ? (Il descend en scène, égaiv, étanchant la sueur de son front.) Tu l'as entendu, aussi, lui quand il a crié: Gain !
Nello. — Ton frère ?
(De nouveau, il regarde dans la chambre vers le fond.)
Malatesta. — Et ce prêtre qui ne vient pas ! Il arrivera trop tard !
Nello, penché sur le corps de Francesca. — Elle n'est pas morte encore... Regarde!
Malatesta. — Non, non ! Je ne verrais plus qu'elle toute ma vie !
(Effrayé, il a reculé juscju'à la porte de l'oratoire.)