V.ALENTiNE. — Oui, mou ami
Brochard, à Ribalier, à demi-voix. — Hein? comme c'est chaste ! comme c'est élevé !... 11 Oui, mon ami. » — « Non, mon ami »... Un vrai mouton.
Ribalier. — Elles sont toutes des moutons.
Brochard. — Approchez, Valentine.
Valentine. — Me voici, mon ami.
Brochard. — Avant de partir, je veux vous laisser un gage... (// prend le bouton de rose à sa boutonnière.) J'ai pris en souvenir ce bouton de rose, qui surmontait le gâteau de Savoie. Je vous demande de le garder là, précieusement, par tendresse pour votre époux. (Il le lui met au corsage, et le montre du geste à Ribalier. )
Vaxjin.tine. — Je le garderai, mon ami.
BiRiocnARD. — Maintenant, Valentine, je dépose un baiser sur votre front. (Ilcontimteà lui parler à voix basse, en raccompagnant fusqu'à la porte de sa chambre. Valentine sort. On" frappe à la porte d'entrée.)
Ribalier, se levant. — Qu'est-ce que c'est? Tout ce monde ne va donc pas débarrasser ma chambre ! Je tombe de sommeil. (Il ouvre, Chamorin paraît en toilette de nuit.) Comment ! c'est encore vous? (Brochard passe au fond et descend à droite.)
SCE.NK XII BROCHARD, RIBALIER, CHAMORIN
Chamobix. — Parlez plus bas ! J'ai vu de la lumière sous la porte, et j'ai frappé.
R1BA1.IEK. — Mais que voulez-vous?
Chamorin. — Plus bas ! J'étais couché. J'ai entendu ma femme qui marchait dans le corridor... Alors, j'ai pensé à venir vous chercher comme témoin.
RiBALiER. — Comme témoin?
Chamorin. — Oui... Nous allons battre l'hôtel ensemble, et si nous trouvons ma femme...
RiBALiEK, hors de lui. — Ah 1 ça ! vous vous moquez de moi 1 J'en ai assez, je vous en avertis !... C'est incroyable qu'on envahisse ainsi ma chambre. (Il se jette dans le fauteuil, près de la table.) Je ne bouge plus, je dors là.
Chamorin (1), .^'excusant. — Une autre nuit, monsieur, une autre nuit, si cela vous dérange trop en ce moment... {Allant à Brochard.) Monsieur, ma femme me trompe.
Brochard. — Permettez !... Je suis marié d'aujourd'hui, monsieur.
Chamorin. — Elle iiio trompe, je le sais, je ne suis pas à plaindre.
Brochard, se fâchant. — Vous êtes un mauvais plaisant, monsieur. (Rihalier, dérangé par le bruit, quitte le fauteuil et va se recoucher.)
Chamorin. — Mais je ne plaisante pas, je vous assure... Un soir, je pars en voyage. Vous savez, l'éternel piège dont le succès est certain, le mari qui part en voyage et qui revient au milieu de la nuit... Il pleuvait, monsieur. Je passe deux heures sous une porte...
Brochard, furieux. — Et moi, je vous coupe les oreilles si vous continuez. On ne raconte pas des histoires pareilles à un homme, le jour de ses noces...
Chamorin, s'excusant. — Monsieur...
Brochard. — Vous manquez de tact, taisezvous 1 {Au bruit de la querelle, la porte de Jules s'oucre, et le jeune homme paraît.)
(.1) Riballer, Chamorin, Brochard.
scÈiNt; XIII