SCENE Y BOLESKI, RHODZKO
RHODZKO
La justice éternelle n'est pas satisfaite à si bon marché.
ANDRÉ BOLESKI
Qui me parle?
RflODZKO
Qu'as-tu donc fait pour émouvoir la miséricorde ? L'ours, le loup, le chien aiment leurs petits. Crois-tu que les dévouements de rinslinct suffisent à effacer les crimes deTintelligence?
ANDRÉ BOLESKI
Oh! quel spectre ihe juge!
RUODZKO
Un spectre, Monseigneur? L'orgueil de votre remords vous égare; votre châtiment ne vaut pas un miracle.
ANDRÉ BOLESKI
Que viens-tu faire ici ?
RHODZKO
Vous avez, quitté le campement en secret; j'ai pensé que je ferais bien de vous suivre.
ANDRÉ BOLESKI ^
J'entends. Ma présence ici, tu la révéleras au roi ou à l'impératrice, et tu me perdras, n'est-ce pas?
RHODZKO
Oui, plus tard, peut-être. En attendant, je suis heureux de vous annoncer que vous n'avez rien fail qui compromette le succès de notre expédition. (Boieski le regarde, étonné.) Il était facile de prévoir votre tentative de trahison et plus facile de la déjouer.
ANDRÉ BOLESKI
Que dis-tu?
RUODZKO
La forêt est libre.
ANDRÉ BOLKSKI
La forêt est libre?
RHODZKO
Eq revanche la plaine est occupée.
ANDRÉ BOŒSKl
Juste ciel! Qui donc, moi absent, a donné contreordre ?
RHODZKO
Celui qui est le maître.
ANDRÉ BOLESKI
Démon! mais tu as parlé trop tôt. Mon cheval rejoindra la voiture d'Elisabeth.
Si je vous laisse passer.
ANDRÉ BOLESKI
Je passerai sur ton corps.
(Ils se coUètent. Rhodzko le repousse.) RHODZKO
La corvée, Monseigneur, rend les serfs très robustes.
ANDRÉ BOLESKI
Ils n'ont pas d'épée î
RHODZKO
Quelquefois.
ANDRÉ BOLESKI
Un duel, soit.
RHODZKO Vous me faites honneur. (Boleskl, blesse, tombe. Rhodzko se
])enche vers lui.) Mou maître, je vous avais offert votre fils, — et la gloire.
(Il sort vivement. — André Holeski, livide, du sang au cou, se soulève, avec dos efforts haletants, en s'accrochant aux tombes. Il retombe avec un gémissement de rage.)