‹ Théâtre en proseChapitre 17 sur 143 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Le Soldat, MâGUELON

MagueloD entre par la petite porte à droite.

MAGUELON, vers le dehors.

Bien obligée, citoyen soldat! (a eiie-même :) Or ça, faisons le compte. A la sentinelle, devant la grande porte, deux baisers. Non, trois, — et dans la guérite! A un sergent rencontré sur l'escalier, combien donc? quatre. Ah! oui, à cause du grade. Trois et quatre font sept. Le voltigeur qui est derrière la porte n'en a eu que deux, il est timide. En tout, neuf. Dieu m'aide! si cela continue, il ne m'en

restera plus. (Elle aperçoit le soldat en faction sur la galerie.) Oh!

oh! celui-là a l'air terrible. Bah! essayons. Les hommes, c'est les mouches, et les femmes, c'est le sucre.

(Elle s'avance bravement.) LE SOLDAT On ne passe pas. (Elle monte les degrés de la galerie.) On ne

passe pas, vous dis-je..

MAGUELON

J'entends bien. Mais j'ai affaire par là.

LE SOLDAT

Eh! c'est la citoyenne Maguelon!

MAGUELON

Oui bien. Je vous reconnais aussi. Vous m'avez porté mon panier, l'autre matin.

LE SOLDAT

Pierre Belavent, dit Pierrot, futur colonel au premier bataillon des Ardennes.

Eh bien ! faites-moi place, colonel Pierrot.

LE SOLDAT

Impossible. Le soldat patriote et républicain ne connaît qu'un tyran : la consigne. Au large!

MAGUELON

Vous n'êtes guère poli, savez-vous? Est-ce que je vous ai dit : « Au large I » moi, l'autre jour, quand vous vous êtes avisé 4e me pincer le bras?

LE SOLDAT

Citoyenne, un homme qui est de service est un homme perdu pour l'amour, momentanément. Si vous voulez revenir dans une heure, qnand on m'aura relevé de faction, je vous pincerai.

MAGUELON

Et si je veux qu'on me pince tout de suite, moiî

LE SOLDAT

Ah I bah!

MAGUELON

Que faites-vous donc, citoyen? je croyais que vous étiez de service.

LE SOLDAT

Je suis au vôtre, toujours!

MAGUELON

Voilà de mes patriotes ! Parions que je vous fais crier : <f Vive le roi ! » si je veux.

LE SOLDAT

Jamais !

MAGUELON

Nous allons voir! Criez : « Vive le roi! » et je vous permets de m'embrasser. Allons l

LE SOLDAT

Sabrebleu ! , '

MAGUELON

Allons, vitel

LE SOLDAT

Eh bien! non.

MAGUELON

, Au revoir, citoyen.

LE SOLDAT

Eh! vous n'êtes pas si pressée? Est-ce que je pourrai crier... tout bas?

MAGUELON

A tue-tête!

LE SOLDAT

Tant pis! J'embrasse.

Ah! mais, criez d'abord.

LE SOLDAT

Non pas. Vous tricheriez.

MAGUELON

Méfiant! J'ai confiance, moi. (EUe se laisse embrasser.) Criez maintenant!

LE SOLDAT

Vive la République !

MAGUELON

Vous êtes un voleur! Mais je ne vous en veux pas. H faut que ma maîtresse parle au capitaine Marlian. Laisseznous passer.

LE SOLDAT

A quoi cela vous servirait-il? On l'interroge en ce moment. Tout à l'heure, quand on le ramènera ici, vous pourriez le voir. Mais la consigne!...

MAGUELON

Soyez aimable. On vous laissera crier : « Vive la République î » tant qu'il vous plaira.

LE SOLDAT

MAGUELON

Sur cette joue?

Sur l'autre aussi!

LE SOLDAT

Eh! bien, ma foi... Chut! on vient, retirez-vous, je vous appellerai.

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