‹ Théâtre en proseChapitre 67 sur 143 · PREMIER TABLEAU · texte numérisé non relu

PREMIER TABLEAU

La cour d'honneur du château de Mikalina, très vaste, vieille, solennelle. — A droite, au premier plan, un très large et très haut escalier monte vers la terrasse du château, où Ton voit trois portes de bronze. Au delà de l'escalier, une petite entrée basse, ogivale. Vers la gauche, une chapelle. — A gauche, au deuxième plan, la grande porte qui ouvre dans la cour seigneuriale. — Les murs crénelés de l'enceinte sont visibles, en hémicycle; des arbres au delà des créneaux; forêt au loin. — Il y a, au premier plan à gauche, une lourde table de pierre, et un fauteuil de pierre ; sur la table, un grand registre aux fermoirs de fer, un encrier massif, des cruches de métal et des hanaps; tout près de la porte d'entrée, un tonneau en perce. — La façade du château est tendue d'étoffes noires, où se détachent des croix noires et blanches. — C'est le malin, un matin gris. — Au lever du rideau, pendant que l'orgue de la chapelle fait entendre l'hymne religieux et guerrier de Pologne, des paysans, des serviteurs qui n'ont pas pu trouver de place dans la chapelle, sont agenouillés au fond. — A droite, se tient debout, les têtes couvertes, un groupe sordide, habillé de longues lévites noires et jaunes: ce sont les juifs du domaine qui n'ont pas pénétré dans le temple chrétien. — On entend quelquefois le bruit d'un galop de cheval ou celui d'un carrosse; et peu après, on voit des hôtes en retard entrer dans la cour, par la grande porte; ceux qui sont vêtus de l'habit seigneurial s'approchent de la tabbj de pierre, signent leur nom sur le registre, vident un hanap que leur présente un serviteur, entrent dans la chapelle après s'être signés. L'orgue ne cesse pas de chanter.

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