‹ Théatre en versChapitre 30 sur 103 · SCENE PREMIERE LUCAGNOLO, un Pèlerin · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE LUCAGNOLO, un Pèlerin

Lucagnolo, l'hôtelier, jeune, gras, jo'i, vêtu do couîeurs vive*, Tair ûffronLâ d'un Mascarille ou d'un Sbrigani, accordç sa guitare, le pied sur Tans des escarbellee, à gauche chantonnant.

LUCAGNOLO

Le corsaire de Barbarie ... De Barbarie.:.

N'aime... pas... qu'on rie...

Le pèlerin descend la route, il s'arrête au dehors, un peu haut. LRT PÈLKRIN

Holâ! l'homme!

LUCAGNOLO

Seigneur pèlerin 1 je...

LE PÈLERIN

Réponds.

Tournant son bâton vers la vallée ;

Ce fleuve?

LUCAGNOLO cicérone enthousiaste et bavard

Le Reno ! Sable d'or. Quatre ponts De marbre où le Bramante accouda des statues De Naïades, de vent et de soleil vêtues!

Avec des accords de guitare, comme s'il accomp'agnait une ch

Écoulez! l'onde chante et l'air du bord de l'eau Incline des frissons de myrte et de bouleau

Vers les barques qui vont portant de folles fées Amoureuses par tous les baisers décoiffées!

LE PÈLERIN

Celte ville?

LUCAGXOLO

Bologne. Une âpre et noire tour En un ciel de ramiers met un nid de vautour î Mais les jardins de joie étagent leur verdure Enchantée où l'amour est une fleur qui dure, Et, là-bas, nid de neige et d'albâtre i:osé, Où l'on dirait qu'un ange en riant s'est posé, Trop joli pour que rien de sombre s'y commette, Luit le palais charmant de la reine Fiammette!

LE PÈLEIUN

Et c'est ici, je crois, l'auberge d'un certain...?

LUCAGNOLO

Luçagnolo î — qui fut le jouet du destin.

Clerc fantasque, chanteur de vers, des barbacoles

L'exilèrent jadis d'écoles en écoles,

Tant qu'enfin sa chimère a dû s'humilier

Jusqu'à ces fonctions obscures d'hôtelier.

Mais son cœur resla clair comme un rubis sans lare

Avec le gesto de tourner la broche :

tourne la broche, •

Avec un accord :

En pinçant ma guitare !

lOe THÉÂTRE EN VERS

LE PÈLKRIN regfirclMit autour de lai

Un lieu fîimeux, dit-on, eatrc les mal famés,

Où toui5 les libertins de la ville allumés

Pour la cliaii^^eL pour Tor d'app(Hits détestables

Perdent leur a me aux lits et leur honneur aux tables.

Lucûi^^Dolu est alt^î prondre sur U orédence un plat où un faisan d'or LUCAGNÔLO

Jouer, aimer, héla y ! ce sonl les iliœurs du temps ! il'en rougis.

LE PÈLERIN

' Mais TOUS en vivez.

' Lucsgnalu lui présente la volaille.

Du pain. — Attends.

Un jeune homme est venu, hier soir, dans ton auberge?

LlCAG^X>î.0

Fier comme. un condottiere et doux comme une vierge!

Si fier qu'on pense voir descendre d'un tableau

Le demi-Dieu Michel ou l'archange Apollo

Quand il lève sa l'ace au regard déjeune aigle!

Si doux, les bras en croix, l'œil clos selon la règle.

Qu'il semble^ avec ^^a joue encore sans duvet,

Une nonne glissant du Pnrvis nu Chevet.

Montrant U porte »u hauL de V escalier :

If loge là.

LA REINE FIAMMETTE iOl

LE PÈLERIN

C'est bien.

Avec le pain, de Teau?

LUCAGNOLO

Faut-il qu'on vous apporte,

LE PÈLERIN

J\este encor.

Montrant la porte basse, à droile.

Cette porte?

LUCAGl^OLO

Celle d'une cellule où pour de doux reclus

Nous mettons quelquefois deux couverts, jamais plus.

Le pèlerin va vers )a port©, l'entr'ouvre, regarde, à l'intérienr.

LE PÈLERIN se retoornant vers Lacagnolo

Chante !

LUCAGNOLO

Hein? quelle chanson? Est-il fou? Vive ou tendre?

Le pèlerin est entré dans la chambre. Lucagnolo rit, tout étonné.

Bah! chantons I

Le corsaire de Barbarie

N'aime pas qu'on rie, Et, quand on pleure, il est joyeux; Lina, vive comme les merles,

Dit : « Je veux trois perles.

Pour une larme de mes yeux ! »

t48 THEATRE EN YEHS

Rien? — Une autre!

Frère Jean l'ait des prouesses Dans les cabarets voisins!

Il y vlen\ entre deux messes...

11^ en sort entre deux vins!

Le pèlerin reparaît et referme la porte.

Llî PÉLEMIN.

As^ez.

A part.

On peut entendre Et voir.

Giùfgio iT'Asl, fiu UeiioriSs niQuic la côte, suivi de quelques serviteurs.

Majûlenant, pars vile.

Il JÉîtio priB LûiirsB rie ctiiri i[Ui sonne. Lucagnolo l'empoigne au vol.

Et ne reviens pas.

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