FRANCESCA
un (lit aussi — cela nous épouvante un peu — Qu" elle Lient pour Luther, le renieur de Dieu!
ORLANDA
Elle est bonne chrétienne et maudit cet Hérode, Ce Juilas! Seulement Luther est à la mode, Conitns les chaperons qu'on met sur le côté!
Elle n'a pas le cœur méchant ni révolté ; Elle dit : je veux bien, aussitôt qu'on la prie; L'hommage qui lui plaît surtout, c'est qu'on sourie. Argent, titres, emplois, quand elle n'a plus rien, La blâmer de ne plus donner, ce n'est pas bien. MOraen à ce grand pouvoir qui fait la paix, la guerre, Puisqu'on veut le lui prendre, elle n'y tiendrait guère Si ce n'était joli d'être reine à vingt ans!
Quelqu'un m'a raconté qu'un jour, — c'était le t^. Oh Louis le douzième et Ferdinand d'Espagne Tenaient avec le pape et les ducs la campagne, —
Des cardinaux venus en pompeux apparat
— On voulait que la reine à la ligue adhérât —
La virent qui jouait dans de jolis tapages
Sur les marches du trône avec ses petits pages !
CHIARINA
Elle a d'autres plaisirs, je m'imagine?
ORLANDA
Oui!
Comme le goéland par un phare ébloui
A tout ce qui rayonne elle vole, et s'y brûle
Avec des délices ! Son aïeul, le duc Hercule^
De mille oiseaux brillants, arc-en-ciel envolé
En joyaux, se faisait un diadème ailé,
Et sentait, disait-il, ses tristesses guéries
A voir rire un brasier rose de pierreries.
Elle tient de l'aïeul d'adorer ce qui luit :
L'aspérule des bois et l'astre de la nuit.
Le bonheur sans égal dont elle s'émerveille
C'est quand, le soir, comme un jour plus clair qui s'éveille,
La belle fête heureuse aux royaux escaliers
Allume les flambeaux et les yeux par milliers,
Et que tous les regards, dans toute la lumière
Qui l'éclairé d'abord, l'admirent la première!
Oh! les douces rumeurs : « Dans l'éclatant gala,
Rien ne vaut la dentelle ou le ruban qu'elle a;
Sa façon de traîner sa longue robe est telle
Qu'elle est d'une déesse et non d'une mortelle; , fait, en parlant, un mouvement de cou, ame une oiselle, et si joli qu'on en est fou! ^> s ce qui la ravit surtout, c'est que l'on dise ' oour la grâce lente ou pour la mignardise
Dans la danse mêlée ou les pas à l'écart, Pour montrer à propos sous un flot de brocart Le petit soulier d'or doirt la pointe étincelle, Nulle dame ne vaut la reine, et qu'elle excelle A faire, après un tour que suit un demi-tour» La révérence au son des viples d'amour !
CHIARINA
Elle danse! Mes sœurs, la reine danse ! et dire
Que pour gagner le ciel, — où, sans doute, j'aspire! —
Moi qui sens tous les bals en moi se trémousser,
Je dois n'avoir, hélas ! d'autre maître à danser
Que le roi David, en peinture, devant l'arche 1
Résolue :
Madame , instruisez-nous !
ORLANDA
après une petite résistance, vaincue par les cajoleries des nonnes,
et faisant comme elle dit
Pour commencer^ on marche Très lentement, la dame au bras du cavalier Posant le gant.
CHIARINA
Je suis la dame!
ORLANDA
Il doit plier Le genou devant elle, et même il est d'usage Qu'il feigne de lui prendre une rose au corsage Ou de lui dérober à la lèvre un baiser.
LA REINE FIAMBlETTE Ibl
Chiarina s*est arancée :
Mais la dame refuse !
CHIARINA
Ah! Ton doit refuser?
ORLANDA
Puis, partant du pied droit, tous deux, on marche encore. . .
S'arrêtant :
Sans musique, c'est bien gênant !
CHIARINA
J*ai ma mandore !
Elle va la prendre derrière une statue do sainte. ORLANDA
Donne donc !
Pinçant les cordes et faisant les pas :
L'air est tendre, et si doux, que Ton n'a Qu'à récoùter...