SCENE II ORLANDA, MÈRE AGRAMANTE
ORLANDA
.s faites trop de bruit, je crois, mère Agramante, ne faute qui n'est point grave, étant charmante ; vous devrez ne plus gronder à Favenir, s savoir si je veux pardonner ou punir.
*o4 THEATRE JEN VERS
MÈRE AGRAMANTE
On n'exigera pas, pourtant, que je tolère
Qu*on danse la gaillarde aux pieds de-sainte Claire !
Kn iioo longue révérence devant Orlanda :
A.h 1 madame, ce fut pour la communauté
Un précieux honneur quand Votre Majesté
Choisit pour s'y soumettre à Dieu qui lui fait signe
Le cloître dont je suis l'abbesse très indigne,
Et je crois qu'elle aura pleine rémission
De ses péchés, malgré le défaut d'onction,
Car les saintes ont des clémences pour les reines!
Mais puisqu'à tout sillon siéraient mal toutes -graines
Et que le Ciel selon les états et les rangs
Applique aux mêmes cas des arrêts différents,
Je suppose qu'aux champs où Dieu fait sa récolte.
Semer la foi vaut mieux que de danser la volte ;
La musique, c'est pour plus tard, en paradis ;
EL vous lie voudrez pas qu'aux plaisirs interdits
Le cher salut de mes ouailles se hasarde?
Se redressant.
Au demeuraiit, je veille et je fais bonne garde I
, ORLANDA
un peu piquée peut-être du reproche de l'abbesse, d'un ton d'ironie amusée
Bonne garde? Vraiment? Ah! le diable est bien fin,
Ma mère, et je pensais que vos yeux, à la fin,
^'y voyaient plus très clair sous l'ombro de la chn i*»^
MÈRE AGRAMANTE
Mes yeux sont bons.
ORLANDA
Alors, si rien ne leur échappe, Vous savez — j'aurais cru le contraire pourtant — Qu'un homme, tous les soirs...
MÈRE AGRAMANTE
Un homme !
ORLANDA
Qu'on attend...
Jeune et beau...
MÈRE AGRAMANTE
Pis encori
ORLANDA
C'est selon la manière De juger... Pour l'amour d'une enfant prisonnière S'introduit sous un grand manteau dans le couvent, Et ne s'en va jamais avant minuit?
Mère Agramante lève les bras au «ieL
Souvent Beaucoup plus tardi Pour moi, j'en suis scandalisée I
MÈRE AGRAMANTE
int nom d'Agramanta dont je fus baptisée !
is noni Erreur ! Je clos la grille et le portail...
L'heure sonue.
ORLANOA
Elles écoutent. Une nonne, et une autre, et une aulro entrant silencieusement, éteignent la lumière devant les images des murss se reUrent sans bruit.
Neuf?
MERE AGRAMANTE
Oui! Neuf.
ORLANDA
montrant la vaste porte-fenêtre, au fond, à liroite
Voyez.
Eh bien! par ce vitrail,
]\iERE AGRAMANTE
près du vitrail
Tout est désert.
ORLANDA
C'est qu'il se tient derrière Le grand mur. Regardez encor. La sœur tourière Traverse le jardin de ténèbres voilé ?
Oui!
MERE AGRAMANTE ORLANDA
Par-dessus le mur elle jette une clé?
MERE AGRAMANTE
Ouil
LA REINE FIAMMETTE i57
ORLANDA
La porte s'ouvre ?
MERE AGRAMANTE:
Oui!
ORLANDA
L'homme entre î
MÈRE AGRAMANTE
Hélas î
Peut-être II envoie un baiser, de loin, vers la fenêtre?
MÈRE AGRAMANTE
Horreur !
ORLANDA
Cela dépend encore des façons De juger. — Il s'approche à travers les buissons Pour que le sable fin ne garde pas de trace, Monte sans bruit, et dans les fleurs de la terrasse. Se tient caché.
MÈHE AGRAMANTE
Comme un voleur !
ORLANDA
Comme un amant!
MERE AGRAMANTE
Mais c'es^t abominable I
ORLANDA
Incontestablement.
MÈRE AGRAMANTE
Et la coupable, la damnée, où donc est-elle?
De mes mains...
ORLANDA ,
Attendez un peu 1 . '-
Faisant comoie elle d^it :
La criminelle
: Vient k son Lour, sans bruit, avec de doux effrois.». f/S'aYance...
Elte esL tûtil pièa du vîUail, qui s'éclaire peu à peu.
Et donne enfin le signal !
Elle frappe dos mains^^
Un 1 deux 1 trais î
MÈRE AGRAMANTE
Vous! — Obi
ORLANDA
avec un joli rire '
Moi-môme \
La prieur» v^ siippSief Orlanda. Mais celle-ci, d'ua geste montre Ifs pûrtaîL
Allez!
LA REINE FIAMMETTE iW
Se reprenant à rire :
Et faites bonne garde I
Mère Agramante sort avec dès gestes d'épouvante. Cependant, Danielo, du dehors, a poussé l'un des battants du vitrail ; le battant s'écarte avec lenteur. On voit sur la terrasse pale de clair de lune une allée de lauriers- roses. La lune s'étend jusqu'à la sombre salle, et, mêlée aux reflets du vitrail, illumine Orlanda. Celle-ci sejit bien que Danielo est entré, mais, coquette, ne se tourne pas encore vers lui.