‹ Théatre en versChapitre 50 sur 103 · SCENE II ORLANDA, MÈRE AGRAMANTE · texte numérisé non relu

SCENE II ORLANDA, MÈRE AGRAMANTE

ORLANDA

.s faites trop de bruit, je crois, mère Agramante, ne faute qui n'est point grave, étant charmante ; vous devrez ne plus gronder à Favenir, s savoir si je veux pardonner ou punir.

*o4 THEATRE JEN VERS

MÈRE AGRAMANTE

On n'exigera pas, pourtant, que je tolère

Qu*on danse la gaillarde aux pieds de-sainte Claire !

Kn iioo longue révérence devant Orlanda :

A.h 1 madame, ce fut pour la communauté

Un précieux honneur quand Votre Majesté

Choisit pour s'y soumettre à Dieu qui lui fait signe

Le cloître dont je suis l'abbesse très indigne,

Et je crois qu'elle aura pleine rémission

De ses péchés, malgré le défaut d'onction,

Car les saintes ont des clémences pour les reines!

Mais puisqu'à tout sillon siéraient mal toutes -graines

Et que le Ciel selon les états et les rangs

Applique aux mêmes cas des arrêts différents,

Je suppose qu'aux champs où Dieu fait sa récolte.

Semer la foi vaut mieux que de danser la volte ;

La musique, c'est pour plus tard, en paradis ;

EL vous lie voudrez pas qu'aux plaisirs interdits

Le cher salut de mes ouailles se hasarde?

Se redressant.

Au demeuraiit, je veille et je fais bonne garde I

, ORLANDA

un peu piquée peut-être du reproche de l'abbesse, d'un ton d'ironie amusée

Bonne garde? Vraiment? Ah! le diable est bien fin,

Ma mère, et je pensais que vos yeux, à la fin,

^'y voyaient plus très clair sous l'ombro de la chn i*»^

MÈRE AGRAMANTE

Mes yeux sont bons.

ORLANDA

Alors, si rien ne leur échappe, Vous savez — j'aurais cru le contraire pourtant — Qu'un homme, tous les soirs...

MÈRE AGRAMANTE

Un homme !

ORLANDA

Qu'on attend...

Jeune et beau...

MÈRE AGRAMANTE

Pis encori

ORLANDA

C'est selon la manière De juger... Pour l'amour d'une enfant prisonnière S'introduit sous un grand manteau dans le couvent, Et ne s'en va jamais avant minuit?

Mère Agramante lève les bras au «ieL

Souvent Beaucoup plus tardi Pour moi, j'en suis scandalisée I

MÈRE AGRAMANTE

int nom d'Agramanta dont je fus baptisée !

is noni Erreur ! Je clos la grille et le portail...

L'heure sonue.

ORLANOA

Elles écoutent. Une nonne, et une autre, et une aulro entrant silencieusement, éteignent la lumière devant les images des murss se reUrent sans bruit.

Neuf?

MERE AGRAMANTE

Oui! Neuf.

ORLANDA

montrant la vaste porte-fenêtre, au fond, à liroite

Voyez.

Eh bien! par ce vitrail,

]\iERE AGRAMANTE

près du vitrail

Tout est désert.

ORLANDA

C'est qu'il se tient derrière Le grand mur. Regardez encor. La sœur tourière Traverse le jardin de ténèbres voilé ?

Oui!

MERE AGRAMANTE ORLANDA

Par-dessus le mur elle jette une clé?

MERE AGRAMANTE

Ouil

LA REINE FIAMMETTE i57

ORLANDA

La porte s'ouvre ?

MERE AGRAMANTE:

Oui!

ORLANDA

L'homme entre î

MÈRE AGRAMANTE

Hélas î

Peut-être II envoie un baiser, de loin, vers la fenêtre?

MÈRE AGRAMANTE

Horreur !

ORLANDA

Cela dépend encore des façons De juger. — Il s'approche à travers les buissons Pour que le sable fin ne garde pas de trace, Monte sans bruit, et dans les fleurs de la terrasse. Se tient caché.

MÈHE AGRAMANTE

Comme un voleur !

ORLANDA

Comme un amant!

MERE AGRAMANTE

Mais c'es^t abominable I

ORLANDA

Incontestablement.

MÈRE AGRAMANTE

Et la coupable, la damnée, où donc est-elle?

De mes mains...

ORLANDA ,

Attendez un peu 1 . '-

Faisant comoie elle d^it :

La criminelle

: Vient k son Lour, sans bruit, avec de doux effrois.». f/S'aYance...

Elte esL tûtil pièa du vîUail, qui s'éclaire peu à peu.

Et donne enfin le signal !

Elle frappe dos mains^^

Un 1 deux 1 trais î

MÈRE AGRAMANTE

Vous! — Obi

ORLANDA

avec un joli rire '

Moi-môme \

La prieur» v^ siippSief Orlanda. Mais celle-ci, d'ua geste montre Ifs pûrtaîL

Allez!

LA REINE FIAMMETTE iW

Se reprenant à rire :

Et faites bonne garde I

Mère Agramante sort avec dès gestes d'épouvante. Cependant, Danielo, du dehors, a poussé l'un des battants du vitrail ; le battant s'écarte avec lenteur. On voit sur la terrasse pale de clair de lune une allée de lauriers- roses. La lune s'étend jusqu'à la sombre salle, et, mêlée aux reflets du vitrail, illumine Orlanda. Celle-ci sejit bien que Danielo est entré, mais, coquette, ne se tourne pas encore vers lui.

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