SCÈNE III ORLANDA, DANIELO, endormi
ORLANDA
C'est lui!
Un silence.
Ses bras m'élreignaienï^ enivr<ïe.
Et j'étais adorable et j'étais adorée; Il me disait les mots délicieux qui font Que la tête s'égare et que le cœur se fond, Et sans trêve c'était de son âme à mon âiuo Un échange d'extase et de ciel! et l'infâme Qui doit m'assassiner, c'est lui! Quel rêvt^ affreux. Son amour? Guet-apens. Durant les soirs heureux 11 attendait l'instant choisi pour que je lombes Du sommeil sur son cœur au sommeil dans la tombe; S'il attirait mon front d'une main, il avait ^
L'autre prête à saisir l'arme sous le chevet; Et quand, les yeux en pleurs, le délice à la lèvre, Je défaillais, ravie, en une lente fièvre, Lui, sur mon sein qui bat, lui, l'amant jeune et beau, Il marquait d'un baiser la place du couteau!
Le traître! Et je l'aimais! Rien qu'à sa voix si douce, Ail! si douce, j'avais une intime secousse, • '
Comme d'être éveillée en songe par un chanl; Il m'emplissait le front de rêve, en y touchant; Et je m'étais à mon bonheur habituée.
Hélas! — Mais pourquoi donc ne m'a-t-il pas tuée Pendant ces jours, pendant ces nuits? Eh î je comprends. Je lui plaisais! J'avais les charmes attirants
D'être blonde et d'avoir vingt ans et d'être reine;
Il a concilié le désir et la haine ;
Être l'amant d'abord et l'assassin après,
A la bonne }ieure : il' faut s'épargner des regrets;
Et c'est aVec plaisir qu'un meurtrier se vante
D'une morte au beau front qu'il posséda vivante!
Bile s'approche du lit. Elle soulève le rideau.
Misérable! Baiser parjure et cœur sans foi!
Mais je me vengerai terriblement — de toi !
Ton sommeil sera long, je crois, sur cette couche, Mon amant!
J Avisant le poignard de Danielo sur la table, près du lit :
Ce poignard que d'un regard farouche Tu cherchais par instants, — je ne comprenais pas Pourquoi, — l'affreux poignard qui devait sous ton bias Faire saigner ce cœur tout plein de ton image.
Elle prend l'arme .
S'il allait te frapper? — Ah ! ce serait dommage! Vous êtes beau ! — Je l'ai dans la main cependant, Et j'approche, en silence, et tu dors, imprudent! N'avais-je pas promis mon nom à ton oreille?
Qui sait si, tout à coup, sous 1^ lame vermeille. Il ne va pas, ce nom — ton charme et ton désir — T'éveiller juste assez pour l'entendre, et mourir!
Elle a levé le poignard, elle va frapper. DaUdclo s'éveille à demi, et lui met un bras autour du cou.
DANIELO
presque en songe
ciial Je rêvais. Dans l'aube qui se lève, ^ile du matiïi, c'était vous! Mais le rêve
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N'était pas aussi beau que la réalité.
n se read«rt.
ÛRLANDA
Ah! folle! Il m*aime! Ahl oui, bien folle en vérité* Mais je suis tout pour lui. Sa vie et sa pensée C'est moi seule. Avoir pu croire... femme insensée! Je devine, à présent, très bien. Mes ennemis M'auront calomniée. Il est jeune,.il s'est mis Du complot. Et voilà le devoir qui Ten traîne ! Mais il ne savait pas qu'Héléna c'est la reine I Ah!, Dieu, s'il le savait!
Avec des rires :
Danielo ! Mon trésor 1 Éveille-toi. Parlons, rions. Je suis encor Tremblante.
DANIELO
Toi! .
^ ORLANDA
Tes mains! tes yeuxî J'ai fait un rêve Aussi... figure-toi... c'était affreux.
DANIELO
Achève i
ORLANDA
Mais c'est fini. Je ris. Songe donc! J'ai rêvé Que tu venais à moi, sombre, un poignard levé
Al
Héiénal
DANIELO
reprenant le poignar
Celui-ci justement.
DANIELO
Quel prodige !
ORLANDA lui offrant l'arme
Prends-le. Je n'ai plus peur. AJlons, prenez, vous dis je.
Elle joue avec le poignard, offrant le pommeau, la pointe vers elle. Gomme dans une attente, avec Torgueil du défi :
Là, dans For, ce sont des reliques?... d'un grand prix?.. Prends donc.
Il prend le poignard, elle attend un peu. Elle a un rire fou... Elle lui saute au cou.
Ah ! je t'adore ! Et vois comme je ris !
DANIELO
se dégageant doucement
Quel divin signe, ou quel infernal stratagème, A celle que je hais mêle celle que j'aime?
Il a traversé la scène. 11 s'assied en rêvant sur l'escabelle pr.ès de la table, où, par mégarde, il laissera le poignard. — Orlanda est rcslée assise sur une marche du lit. Très- rieuse :
ORLANDA
.3 ces hommes sont fous! Aller, précisément, ir m'en faire un bourreau, choisir, qui? mon amant!
Après une petite rêverie, avec une résolution gaie :
Eh bien ! soit. Ce qu'on veut, je le veux. L'heure est proche. Il l'en faut avertir.
Elle s'est levée. Elle traverse la scène. Elle s'accoude h l'ëpaulo do Daniolo. Très doucement.
J'ai bien peur d'un reproche, Danielo.
11 se retourne.
J'ai menti ce matin, pour avoir Quelques heures de plus le charme de vous voir, C'était bien aujourd'hui la date...
DANIELO
Ahl charmeresse Trop aimée !
Il court à la fenêtre, arrache les tentures, pousse la croisée. On voii lo jardin plein de soleil. Toute la chambre s'éclaire do la lumière d© midi.
Déjà le plein jour! Le temps presse !
N'espère aucun pardon, si tu m'as, d'un inslanl, Attardé sur le seuil du devoir qui m'attend !
ORLANDA à part, en souriant
Il est terrible!
la prenant dans ses bras
Non! Pauvre âme à qui je laisse Le repentir de la clémence à ma faiblesse 1
LA REINE FIAMMETTE \m
Veuve aux longues douleurs, je n^e vous maudis pas, Et je t'aime, et je pleure en dénouant tes bras I Adieu !
Il va vers la fenêtre-porle.
ORLANDA
Dis : à bientôt!
DANÏELO
Adieu, baisers, délice, Péchés si purs que Dieu semble en être complice, Adieu, Tenlacement dans le repos ami, Et les langueurs! Adieu le sein où j*ai dormi! Et, quand m'aura vaincu la tâche qui m'incombe, Ton lit d'amour sera le songe de ma tombe \
Il s'éloigne vivement dans le jardin.
ORLANDA seule
Mais c'est très effrayant!
Elle voit le poignard sur la table.
Ah!
Appelant :
DANIELO
revenant
--VOUS rappelé?
Pourquoi
ORLANDA
Pour ce poignard. Sans moi Tu l'oubliais.
Danielo le met à sa ceinture.
Et puis pour un baiser encore!
Elle l'enlace. II Técarte et s'eariiil.