‹ Théatre en versChapitre 126 sur 212 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

TOINETTE, s'arrachant de lui, se levant et s'écartant.

Non, sois brave.

Laisse-moi te parler d'une chose plus grave.

lais, Toinette, rien n'est plus grave, en vérité. Ju'un pauvre mendiant quêtant la charité, l'est ça que je demande et tu restes farouche. *ourquoi me refuser l'aumône de ta bouche? Pu me voles mon bien, et c'est le bien des gueux, ie seul qu'ils ont partout et toujours avec eux. ih! plutôt, donne-m'en double part, si tu m'aimes, ilt, gueux, je fais envie aux plus riches eux-mêmes, lar, si beaux fruits qu'ils aient à leurs plus chers repas, )c plus beaux que les miens, plus chers, ils n'en ont pas, )uand je mords, sans que ton doux nenni m'en empêche, la bouche au frais baiser fondant comme une pêche.

Il l'étreint et la baise longuement sur la bouclie. TOINETTE, encore à demi pâmée, et se reprenant peu à peu.

.h! chemineau, tu sais, bien mieux que nos garçons,

'arler en mots jolis cueillis dans tes chansons.

"u sais en cajoler, de voix câhne et tendre.

Ion cœur qui s'apprivoise au miel de les entendre.

omme par tes chansons, je me laisse griser

ar ces mots, qui toujours s'achèvent en baiser;

Avec mélancolie.

ais, comme elles, le vent qui passe les emporte.

ui te l'a dit? Et quand ce serait vrai, qu'importe! i les mots sont jolis, si la chanson te plaît, aisse-t'en cajoler jusqu'au dernier couplet, rofite du bon temps que le hasard t'amène, 'est toujours ça de pris sur la misère humaine, rends-le, reconnaissante, et n'ouvre pas la main our qu'aujourd'hui s'envole en songeant à demain.

TOINETTE, de plus en plus attristée.

U n'y songes jamais, toi !

Jamais. Pourquoi l'aire?

Demain vient comme il veut. Bien? Mal? C'est son affaire. Qu'il m'arrive en habit de deuil ou de gala, Je n'y peux rien. J'attends, pour agir, qu'il soit là. Alors, s'il est en noir et s'il a triste mine, Aux plus clairs souvenirs d'hier je l'illumine, Et, s'il est beau, joyeux, pareil à celui-ci, Je ne m'occupe qu'à le fêter, sans souci De tout ce qui me reste à vivre dans la dure. Et je m'emplis le cœur de bon, tant que ça dure.

TOl.NETTE

Ça durerait toujours, si tu voulais, •

Comment?

TOLNETTE

Tu ne devines pas?

LE CUEMLNEAU

Non.

TOl.NETTE, avec une ardeur persuasive.

Mais, en nous aimant Demain comme aujourd'hui, pour toute l'existence. On gagnerait à deux le gite et la pitance. Tes cent francs grossiraient, le maître t'engageant A l'année. On mettrait de côté son argent. Un beau jour on aurait à soi son bout de terre. Son foyer.

LE CIIEMI.NEAU, en un sourd éclat de rire

Ah:

TODETTE

Pourquoi ris-tu?

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