ACTE DEUXIÈME iS
MAITRE PIERRE
Ah çà, mais Le monde est à l'envers, donc! Toi, tu te permets, Toi, de me demander compte de quelque chose!
Oui, certc.
MAITRE PIERRE
Oses-tu bien avoir ce front !
FRANÇOIS
Oui, j'ose.
MAITRE PIERRE
Ah! par exemple! Quelle impudence! Comment!
A vous trois, celle-là, son mauvais garnement
De^fils, et toi, vieux gueux qui ne vaux pas mieux qu'elle,
Vous'attirez parmi votre sale séquelle
JMa fille, et vous allez au mal Tencourageant,
Pour me déshonorer et voler mon argent;
Et c'est toi la victime, à ce que tu racontes.
Et c'est vous, les voleurs, qui demandez des comptes!
FRANÇOIS, calmé par un geste de Toinette.
La question n'est pas, Pierre, oîi vous la cherchez. Votre fille et Toinet se sont amourachés \ mon insu.
MAITRE riEl'.UR
Tu mens.
?RANÇ0IS, tendant son bras droit avec peine en le soulevant de l'autre.
Je l'affirme et le jure.
Maître Pierre, pourquoi nous faire cette injure De supposer?...
MAITRE PIERRE
Oh! toi! ton mari cependant Te l'a bien dit : tiens ta langue, c'est plus prudent.
FRANÇOIS
Cette parole à double entente, et la pareille
Jetée au gas, devant votre porte, à i'oreille.
C'est de ça, maître Pierre, en mieux vous exprimant.
Qu'il faut me rendre compte, et de ça seulement.
MAITRE PIERRE
Fais donc la bête, va! C'est qu'il a l'air encore De l'ignorer, à quoi je pense !
FRANÇOIS
Oui, je l'ignore.
MAITRE PIERRE
Eh bien! ignore-le, soit!
FRANÇOIS
Je veux le savoir.
MAITRE PIERRE
C'est pour si peu que tu tenais tant à me voir?
Pour rien d'autre.
MAITRE PIERRE
Allons donc! Ce n'est pas pour prétendre Que votre sans-le-sou peut devenir mon gendre?
FRANÇOIS
Non. ,
Votre fille, jusqu'à sa majorité Est à vous.
MAITRE PIERRE
Jusque-là! Pas plus! En vérité!
Et puis après, pourvu qu'on ruse et qu'on l'enjôle, Elle sera sans doute à vous, à votre drôle!