ACTE CINQUIÈME
LE CUEMINEAU
Chantez cor un peu pour lui.
En les faisant approcher.
Là, sur le seuil, s l'auvent. On a moins de neige à la frimousse, îhantez pas trop fort! Votre voix la plus douce !
LES LUGNOTS, en sourdine.
Lugnols ! Lugnots ! La part à Dieu !
Dieu saura ben vous la rende, Quand nous ferons la guillanneu Auprès de lui trétous enserabe.
S'il vous plaît, la part à Dieu!
Lt CHEMINEAU
lire quelques sous de sa poclie et les donne au lugnot qui a parlé.
lez, prenez cor ça, pour boire un coup. La somme st pas bien grosse. Mais, mon brave petit homme, st tout ce que j'ai, dame! Et bon Noël!
LE LUGNOT
, Merci!
;u vous entende ! Et bon Noël à vous aussi !
Ils s'en vont dans la neige et le chemineau referme la porte.
SCÈiNE X LE CHEMINEAU, FRANÇOIS
LE CHEMLNEAU, revenant vers François.
! bon Noël à toi surtout, qui vas t'éteindre!
lu l'auras, ton bon Noël ! Car c'est d'atteindre
fin de tes longs jours vécus en travaillant,
de l'atteindre ainsi, brave homme au cœur vaillant!
Il s'approche de François, l'examine et lui touche légèremen main.
Sa respiration est calme. Point de fièvre 1
Ils reviendront à temps pour cueillir sur sa lèvre
Et son dernier baiser et son dernier soupir.
Il ne semblera pas mourir, mais s'assoupir
Doucemenl, dans les bras des êtres chers qu'il aime.
C'est la fin qu'il mérite et le paîment suprême
D'avoir usé sa vie à soutenir la leur.
Il réfléchit.
L'ai-je gagné, moi?... Non.... Je serais un voleur
De mourir ainsi!... Moi, je suis un grenipille.
Un vagabond, un hors-la-loi, hors-la-famille,
Un qui, dans ses haillons de gueux pour tout linceul,
Saura partir ainsi qu'il partit toujours, seul,
Sans parents, sans amis, sans rien, sans qu'il redoute
De mourir comme il a vécu, sur la grand'route.
On entend la cloche sonnant la fin de la messe. Voici la cloche I
Il va à la fenêtre, l'ouvre toute grande et regarde an dehors.
On sort de l'église.
Revenant vers François.
Adieu vieux!
II le baise au front, et se recule en faisant un vague signe de en
Tes aimés vont venir pour te fermer les yeux
En pleurant.
- Avec des sanglots.
.le les aime aussi, moi!... Mon cas!... Pauvre Toinetle!.. Fuir sans leur dire adieu !
Avec un sanglot jWus profond encore.
iïo!...
Se ressaisissant et comme terrifié.
Mais, si je m'arrête, Si je les revois, je... je ne partirai pas!
D'un ton résolu.
Je dois partir.
Très douloureusement.
Adieu, Toinette!... Adieu, mongas!...