ACTE DEUXIÈME
MDRRHINA, se serrant contre les genoux de Trulla.
J'ai peur.
TRULLA, lui tapotant la joue.
Tu n'es pas seule.
Elle appuie sur ses genoux la lète do Murrhina.
Viens I Je vais te bercer sur un vieil air d'aïeule.
MURRHINA, relevant la tête, inquiète.
Johannès n'est pas là?
Patience! On l'attend.
Elle repose sur ses genoux la tète de la folle, lui ferme les yeux, la câline, la berce, et passe insensiblement de la parole au chant après le vers qui suit.
Ferme tes yeux. Ne dis plus rien. Dors un instant.
Elle cliante.
Sommeil, ami fidèle Aux noirs soucis des cœurs las.
Emporte-la d'un grand coup d'aile Où vil l'enfant perdu, là-bas!
Dis-lui qu'il est près d'elle Et que l'amour ne meurt pas.
Caresse-la d'un lent coup d'aile Avec des mots tout doux tout bas.
Pendant qu'elle a endormi ainsi la folle, d'une voix devenue un vague murmure à la fin du second couplet, Psylliura a quitté son comptoir, et l'écoute, accoudée à la balustrade.
PSVLLIUM, au-dessus d'elle.
OÙ donc vas-tu chercher ces choses, vieille louve?
J'ignore. Johannès m'inspire, et je les trouve.
Moi, chanteuse de chants obscènes autrefois.
11 m'a dit que j'avais des larmes dans la voix;
Et comme, sans savoir, les colombes roucoulent,
Quand je chante à présent, c'est mes larmes qui coulent.