ACTE I, SC.ftNE III
aller la voir, car je lui garantis personnellement qu’elle sera fort de son goût.
DON ANTONIO, se levant ; bas , à Pépé.
Kst-ee là l’auteur ?
PftPK.
Oui, lui-même.
DON ANTONIO, se rasseyant.
Et de qui est-elle cette pièce ? Le sait-on ?
DON ÉLECTÉRIO.
Monsieur, cette pièce est d’un jeune écrivain bien né, fort appliqué, de beaucoup d’espérance et qui débute aujourd’hui dans la carrière d’auteur dramatique. Seulement il faut dire que le pauvre garçon n’a pas l’ombre d’une protection.
DON PÊDBE.
Mais puisque c’est la première pièce qu'il donne au théâtre, il n’est pas déjà si fondé à se plaindre. Que sa comédie soit bien faite, et nécessairement elle réussira. En ce cas, un gouvernement éclairé comme le nôtre et comme lui pénétré de l’importance extrême qu’une nation doit attacher aux progrès des lettres, ne laissera pas sans récompense l’homme de talent , quel qu’il soit , qui se sera distingué dans tin genre aussi difficile.
DON ÉLECTÉniO.
Tout cela est très-beau, monsieur; mais ce qui est positif, c’est que le cher poëte sera obligé de se contenter des quinze doublons que les acteurs lui donneront en cas de réussite, avec millp grâces et bonsoir.
DON ANTONIO
Vous dites quinze? Je croyais, moi, que c’était vingt-cinq,
DON ÉLKUTÉRIO.
Non, monsieur; à présent, au temps des chaleurs, on ne donne pas davantage. Ah! si nous étions en hivers oh! alors...
DON ANTONIO
Qu’entends-je ! Lorsqu’il commence à geler, les comédies renchérissent ! Mais c’est absolument comme les saumons 1 .
(Pendant la suite de la scène, don Antonio se promène de coté et d'autre. Don Èleutcrio adresse la parole tantôt à lui, tantôt à don Pedrc. Mais ce dernier ne se donne la peine ni de répondre à ses discours, ni de l’écouter. Alors don Éleutério entreprend de nouveau don Antonio; par instants , il se tieut en place, et par instants il marche derrière.)
DON ÉLEIJTKRIO.
Veuillez remarquer pourtant, monsieur, que, quelque minime que soit la rétribution de l'auteur, il s’arrangerait encore à merveille d’un semblable prix, pourvu qu’on lui commandât toutes les pièces dont la troupe aurait besoin. Mais il y a tant de cabales! Les uns favorisent celui-ci, les autres celui-là ; et il faut toute l’adresse d’un diplomate pour se maintenir dans les bonnes grâces des chefs d’emploi. Allez, j’en sais quelque chose! Et ensuite le nombre des écrivassiers est si grand , et chacun met une telle ardeur à se défaire de sa pacotille!
' Brsugos , les rousseaux. Ce poisson n’étant connu que dans le midi de la France, nous l’avons remplacé par le saumou.