ACTE I, SCÈNE lll. loi
l»ON ÉLEUTÉRIO.
Certainement , monsieur. Comment vouliez-vous qu’on ne l’imprimât pas?
DON CÈDRE
On a mal fait. D’abord, parce que tant qu’une pièce n’a pas subi la critique du parterre, elle est fort exposée; et ensuite cela dénote, chez un auteur tout frais éclos, une confiance qui dépasse les bornes.
DOS ANTONIO , h don Kleutério.
Bah ! allez donc , monsieur : la comédie est parfaite; c’est moi qui vous le dis. Et où se vend-elle?
Elle se vend dans les bureaux et dépôts du l)inrio, à la librairie de Pérez, à celle d'izquierdo, à celle de Gil, à celle de Zurita, et au bureau de location à l’entrée du théâtre. Elle se vend encore chez le marchand de vin de la rue du Poisson , chez l’herboriste de la Grande-Rue, à la savonnerie de la rue du Loup, à la...
DON CÈDRE
En finirons-nous ce soir avec cette énumération ?
DON ÉLEUTÉRIO.
Dame! comme monsieur me demandait...
DON CÈDRE
Mais il ne vous en demandait pas tant. Sainte patience !
DON ANTONIO
Or ça, il faut que je l’achète; il n’y a pas à hésiter.
ISi LA comédie nouvelle, ou le café.
PÉPÉ
Ah! si j’avais deux réaux, Dieu du ciel!
l)ON ÉLECTÉRIO , tirant de sa poche une pièce de théâtre imprimée. A don Autonio :
Tenez, monsieur, la voici.
DON ANTONIO
Vraiment! Est-ce bien celle-là? Voyons! Et le nom s’y trouve. Bravo! c’est délicieux. I)e cette façon , au moins, la postérité ne sera pas obligée de se casser la tête pour découvrir l’extrait de baptême de l’auteur. (Lisant.) « Par don Eleutério Crispin de Andorra... » Ah ah! « Entrent l’empereur Léopold, le roi de Pologne et Frédéric le sénéchal, en grands habits de cour, accompagnés des dames de leur suite et des magnats, et escortés d une brigade de hussards à cheval. » Voilà ce que j’appelle une entrée! Écoutons ce que dit l’empereur : (Lisant.)
Oui , vous savez , A mes vassaux ,
Qu’il va y avoir deux mois et demi Que le Tare est venu devant Vienne ,
Avec ses tronpos , mettre le siège ;
Et que pour lui faire résistance Nous avons uni nos bravoures ;
Et bientôt nos ardeurs héroïques .
En mainte et mainte rencontre ,
Ont donné des preuves transcendantes Ue nos courages invincibles !
(Parlé.) Quel style! Palsambleu! comme il manie la plume, le coquin!... (Lisant.)
Oh ! je n’ignore point que la pénurie l)es subsistances nécessaires A été telle, que, vaincus
ACTK I. SCÈNE IH.
Par la faim aux assauts cruels ,
Nous avons dévoré des rats ,
Des crapauds , et des insectes infects ! l)ON ÉLEITÉRIO , à don Pwlre.
Que vous en semble, monsieur? N’est-il pas vrai que vous trouvez cela magnifique?
DON PKÜRE.
Moi ! est-ce que j’v trouve quelque chose...
DON ÉLEITÉRIO.
Je suis charmé que le début vous plaise. Mais ce n’est rien encore : |>our rencontrer un passage d’un effet sublime, il faut passer au commencement du second acte. Veuillez chercher, monsieur... c’est là... oui, là, vous devez le tenir; c’est l’instant où la dame tombe morte de faim.
DON ANTONIO
Morte ?
DON ÉLEITÉRIO.
Oui, monsieur, morte.
DON ANTONIO
Voilà une situation du dernier comique ! Et ces imprécations qu’elle pousse ici, contre qui sont-elles fulminées?
DON ÉLECTÉRIO.
Contre le vizir, qui l’a privée pendant six jours de toute nourriture, parce qu’elle n’a pas voulu devenir son odalisque.
DON ANTONIO
Pauvre femme ! Mais je le vois d’ici... ce vizir doit être un ogre.
i:>4 LA COMÉDIE NOUVELLE, OU LE CAFÉ.
DOW ÉLEL'TÉRIO.
Comme vous dites, monsieur.
DON ANTONIO
Un butor, n’est-ce pas ?
DON ÉLEL'TÉRIO.
Sans doute.
• DON ANTONIO
lascif comme un singe, et un monstre au physique? Est-ce cela?
DON ÉLEL'TÉRIO.
Exactement.
DON ANTONIO
Taille de Goliath, teint de moricaud, le regard tant soit peu louche, et des moustaches de six aunes.
DON ÉLEL'TÉRIO.
Oui, oui... c’est bien ainsi que je me le suis figuré !
DON ANTONIO
Oh! l’effroyable animal!.., Mais, en attendant, la dame n’a pas sa langue dans sa poche. Holà! comme elle y va ! Ecoutez donc un peu , don Pèdrc !
DON l‘ÈDRE.
Non, pour Dieu! n’allez pas lire encore.
DON ÉLEUTÉRIO.
Songez donc que c’est un des morceaux les plus terribles de la comédie !
DON l'ÈDRK.
Gela ec peut.