‹ Théâtre espagnolChapitre 11 sur 405 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

maincs que nous sommes en ménage : c’est un délai plus que respectable , Béatrice , et tu es libre de partir. Ton mari (que Dieu ait sa chère àme!) t'a légué sa fortune, et il te reste assez de créances , de bijoux et de propriétés pour n’être pas obligée de le pleurer. Quant à moi, je ne te suis bon à rien , mais à rien du tout. Oh ! s’il s’était agi...

DONA BÉATRICE

Voyons , cette belle harangue ne peut-elle pas , sans plus de paroles, se traduire par : Va-t’en?

DON ROQl'E.

Bien sùr.

DONA BÉATRICE

Ah!... malheureusement je n’en ai nulle envie.

DON ROUIE

El pourquoi ?

DOSA BÉATRICE

Parce que je connais mieux que toi les complots que tu médites. Tu veux convertir la maison en désert. Et quelles sont tes raisons? D’abord, tu te démènes à chaque liard qu’on dépense, comme si l’on t’arrachait la vie; et ensuite il te tarde de commencer, avec tes ridicules odieux, à faire une nouvelle victime de ta jeune épouse. Mais elle ne mérite pas un tel sort , loin de là ! Tu devrais avoir pitié de son infortune, etnon l’accroître. Vois, tout enfant encore, elle perd ses parents ; elle est livrée à son tuteur, à un fourbe qui , au lieu de lui ménager une union heureuse, l’unit à un homme aux portes du trépas. C’est que le misérable avait su lire sur ton \ isage la passion

pour Isabelle; dès lors point de comptes à rendre, chose qui d’ailleurs edi été diflicile. Oui, je te l’assure, ta pauvre femme a droit à plus d’égards. Mais toi , tu cherches à la priver encore de la consolation qu’elle trouve dans son amie, dans sa sœur. Tu vises enfin à faire d'Isabelle, non ta compagne, mais ton esclave... Frère, ayons un peu de jugement, pour l’amour de Dieu !

DON ROQUE

Qui donc, Béatrice, t’a «lit un mot de tout cela? Où prends-tu ton oppresseur, ton querelleur, ton bourreau? Ma femme! mais je la dorlote ét me mets en quatre...

DONA BÉATRICE

Oui , en quatre pour l’abreuver de souffrances. En vérité, ce qui m’étonne, c’est qu’elle te supporte.

110N ROgCE.

Comment!... Prétendrais-tu, par hasard, la soustraire à ses devoirs? T’imagines-tu qu’ayant une femme à la maison, j’irai chercher à cent lieues quelqu’un pour m’ajuster ma perruque ou nie brosser mon habit? Crois-tu...

DOM A BÉATRICE

Telle n’est pas ma pensée.

DOM ROQUE

Quoi ! lorsque l’âge a déjà tout blanchi ee front , il me faudrait encore faire le petit-maître bien coquet, le chérubin des dames, l’espiègle, le marmouset; devenir grand ordonnateur de contredanses;

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