ACTE I. SCÈNE VI
DOM HERMOCÈNE.
Tenez, je ne le cache pas; et, sans vanité, j’ose dire que bien peu de génies...
DON ÉLEUTÉRIO.
Aucun, monsieur. Allons donc! un génie aussi complet que le vôtre est unique dans son genre.
DON HERMOCÈNE.
Oui, n’est-ce pas? Comment l’esprit et l’érudition, et la constante étude , et le goût le plus pur, peuvent-ils se trouver réunis chez un mortel à ce degré suprême où, sans me vanter, j’ai su les réunir? Qu’en dites-vous?
DON ÉEECrÉRIO.
Bah! que voulez-vous que je dise? Cette vérité est plus éclatante que le soleil qui luit au-dessus de nos têtes.
DON HERMOCÈNE.
Et maintenant croirez-vous qu’il y a des êtres qui m’appellent pédant, cerveau creux, et rhinocéros? Hier encore ces épithètes m’étaient jetées au nez , à la Puerta del Sol, devant quarante ou cinquante personnes.
DON ÉLEl'TÉRIO.
Quelle infamie ! Et vous, monsieur, que fîtes-vous ?
DON HERMOCÈNE.
(Je que doit faire un grand philosophe: je me tus, je pris une prise, et j’allai entendre une messe à l’église de la Solitude.
Tout cela c’est de l’envie, rien que de l’envie. Remontons-nous là-haut?
don hermogène.
Je vous ai fait cette confession pour vous donner du courage, et j’y ajoute l’assurance qu’un tonnerre d’applaudissements... Mais dites-moi, très-cher, ces acteurs n’ont donc pas voulu vous avancer même une once d’or comme à-compte sur les quinze doublons?
DON ÉLEUTÉRIO.
Zéro, voilà leur à-compte! Vous vous souvenez bien de toutes les difficultés que j’ai eues pour ole tenir de ces gaillards-là qu’ils acceptassent ma pièce. Eh bien , en dernier lieu , il a été convenu que je ne recevrais pas un liard avant que le succès fût patent.
DON HERMOGÈNE
Quels cœurs mesquins! Et cela justement dans l’occasion la plus critique pour moi. Ah! Tite-Live avait mille fois raison de déclarer...
DON ÉLEUTÉRIO.
Mais qu’y a-t-il donc de nouveau ?
DON HERMOGÈNE
Il y a que mon animal de propriétaire... l’être le plus ignare que la terre ait porté... pour dix-huit malheureux mois de loyer dont je me trouve débiteur, le drôle se permet de me manquer de respect , de m'accabler de menaces. . .