ACTE I, SCÈNE Mil
«Ire et si aimante, qu’à mon retour je devais rencontrer tant de malheurs ? Quoi ! ce court espace a suffi... ?
ISABELLE
Votre absence a été fatale.
LEONARDO
Eh bien 1 je veux connaître sur-le-champ le coup qui me frappe et le sort qui m’est réservé. Dissipez les doutes qui me déchirent ; dites-moi si ce que chacun craint est l’horrible vérité, ou plutôt si ces larmes m’assurent de votre constance, et si je dois les croire ?
ISABELLE
L’heure est mal choisie, Leonardo; et les instants sont trop précieux pour les perdre ainsi à froisser mon amour parties doutes «pii sont des offenses. Je vous le répète, l’heure est mal choisie : autrement , croyez que j’aurais en beaucoup à vous répondre. Mais là où le temps manque, se plaindre serait une dérision. Je vous aimais, Leonardo, et je vous aime encore. . . lïieu sait toute la violence que je suis obligée de me faire pour me résoudre à cet aveu , et combien doit souffrir une honnête femme d'être réduite à confier aux lèvres le secret de son cœur. Je vous aime, Léonardo . et je vais vous perdre !
LÉONAKIH).
Pouvez-vous prononcer ce mot 1 Mais vous n’attendez donc rien de moi ?
ISABELLE
Hélas ! jusqu’à ce jour je n’avais que des craintes;
LK BARON
maintenant je tremble devant l'évidence. A votre seul nom, ma mère fait éclater son courroux; elle vous interdit l’accès de notre porte; elle a été jusqu’à donner l’ordre à ses domestiques de ne pas vous saluer. Que fallait-il de plus ? Et tout à l'heure elle est venue m’imposer ouvertement cette alliance abhorrée ! Oh ! je suis bien à plaindre. !
LÉONARDO
Ne craignez rien, Isabelle.
ISABELLE-
On se hâtera de conclure ce mariage, oui, trop d’indicés me le prouvent. Ma mère est aveuglée, elle n’écoule plus la raison. Que pouvons-nous faire ? quelle espérance nous reste-t-il ?
Hé quoi! Isabelle, mon ange bien-aimé , tu es livrée à cette douleur atroce , tu gémis , et je respire !... Oh! de grâce, repousse loin de toi cette terreur devant laquelle tout mou courage m’abandonne. Qui ne se sentirait chanceler malgré lui, en te voyant en proie à la désolation et brisée par les souffrances ? Je parlerai à ta mère, et si les passions savent trouver l’accent du cœur, je triompherai! Enfin , dussent toutes mes espérances êtt-e anéanties, il reste à l’amour mille stratagèmes* Et qui donc oserait m’arrêter maintenant, Isabelle, que je suis sût de toi ?
ISABELLE
Vous êtes décidé à la voir?
ACT.K I, SCftNF. XIII. -27.1
LÉONARDO
Ouk
ISABELLE
Hélas ! que saurez-vous lui dire pour la toucher .’
LÉONARDO
Ce que je lui dirai? Que, si elle pense pouvoir détruire toute ta félicité, te vendre à une opulence imaginaire, te sacrifier à un imposteur ; si elle pense pouvoir manquer aux plus saintes promesses, me jeter la mort dans l’àme et se jouer de Léonardo, elle tente l’impossible ! Je lui dirai que tu es à moi, et que le barbare qui prétend m’arracher mon Isabelle au mépris des nœuds sacrés de l’amour, expiera son audace par un trépas sanglant. S'il ose élever ses regards si haut, qu’il présente sa poitrine à mon épée, et qu’il apprenne que, pour me ravir l'objet de ma flamme, il ne suffit pas de savoir tromper, séduire et mentir, il faut encore savoir combattre et vaincre! Et toi, Isabelle, quoiqu’on se rie de ta douleur et de ta volonté , tu seras la récompense du plus brave : et que le plus malheureux périsse sous les coups du vainqueur !
ISABELLE
Vous ferez cela ?
LÉON abdo.
Que ne ferais-je à cette pensée qu’une seule minute peut anéantir tant d'années d’espérance, tant de tendresses si bien payées de retour, un attachement si pur!... .Mais vite à l’œuvre! I.es moments qui s’envolent ainsi seraient perdus pour jamais. Oui,
in
UE BARON
je cours parler à ta mère; j’y cours, Isabelle! Pour nous sauver, il faut de la résolution, du courage, et non des plaintes, ces armes des lâches!
ISABELLE
Tout sera vain ; vous allez irriter ma mère sans la convaincre.
Oh ! elle cédera.
ISABELLE
Vous connaissez mal son obstination.
LÉONARDO
Eh bien ! si elle résiste et que ce moyen nous échappe, il en est d’autres plus efficaces.
ISABELLE
Oui , des moyens terribles et meurtriers !
LÉONARDO. /
Un amour comme le mien franchit les obstacles les plus grands. Lorsqu'il y va de mon bonheur, arrière l’hésitation et la faiblesse! Mon Isabelle est un trop beau prix pour que je ne risque pas tout plutôt que de le perdre !
(Il lui presse tendrement la main, et y imprime un baiser. )
ISABELLE
Léonardo, mon bien-aimé, je ne sais que dire... Tu agiras selon ton cœur. Dans un tel péril, toi seul es juge de ce qu’il convient de faire. Moi, pauvre fille, que puis-je?... Pleurer!... Adieu! Que ta bonne étoile te ramène bientôt vers moi, et que cette cruelle situation trouve enfiu son ternie !