ACTE U, SCÈNE II
LÉONARDO
Monsieur le baron !
LE BARON , se levant.
Monsieur, que faut-il pour vous servir ?
LÉONARDO
Quatre mots. "
LK BARON
Quatorze , si le cœur vous en dit. Mais donnezvous donc la peine de vous asseoir; je ne souffrirai pas...
LÉONARDO
Ne faites pas attention. Je me trouve admirablement. Savez-vous qui je suis?
LE BARON
Moi? nullement. Mais il suffit de vous regarder pour juger que vous êtes un homme de conséquence. Vous prendrez bien un siège? (Use rassied.) LÉONARDO.
Je vous ai déjà dit que non !
Comme vous voudrez. -
LÉONARDO
On me nomme Léonardo. J’appartiens à ce village. Cette jeune fille m’aime...
LE BARON
Quelle jeune fille?
LÉONARDO
Isabelle.
LE BARON
Ah! bien.
Li: BARON.
LÉONARDO
Je l’aime aussi; mais on veut violenter son choix. Or, je l’avoue, ce dessein barbare excite ma fureur. Cette jeune personne, monsieur, vous déteste du fond de l’Aine, et vous croyez tout bonnement, parce que sa mère est une pauvre folle et vous un gentilhomme ou un chevalier d’industrie (car c’est un point qui mérite encore explication), vous croyez qu’lsabelle et moi nous allons supporter une telle iniquité! Mais ce serait du délire!... De nous deux un seul devra obtenir sa main : par conséquent , monsieur, si, comme je n’en doute pas, vous ôtes gentilhomme et par suite offensé de ce qu'un tiers ose vous disputer le coeur d’une dame, eh bien! ce soir, à minuit, je vous attendrai sous les petits murs de séparation, aux abords de la route; là, nous verrons qui de nous deux... ' .
LE BARON
Quelle folie! Eh ! de grâce, monsieur, je ne veux pas vous massacrer , moi .
LÉONARDO
Grand merci ! Mais j’y tiens.
. . . LF. BARON. . ‘
Vous y tenez... et à minuit? ' .
LÉONARDO
Sans faute. - .
LE BARON
Là-bas... sous les petits murs... aux abords...
LÉONARDO
Oui, environ à une portée de fusil d’ici.- Du
AÇTfc li , 8ÜÉNK II. S7«
reste, si vous le préférez, je vous attendrai sur la plaee, et nous irons ensemble.
Bien obligé; j’irai seul. C’est égal, cela fait de la peine; oui, cela m’inspire de la compassion. .. Ainsi, pour un enfantillage! que diable! ôter la vie à un galant homme?
LÉONARDO
Que cela ne vous tourmente pas.
LE BARON
Quel âge avez- vous donc ?
LÉONARDO
L'âge auquel on ne craint pas la mort.
LE BARON
Vous avez sans doute une mère?
LÉONARDO
Oui , et des sœurs aussi. Et vous, monsieur, vous avez de la sagesse, peut-être même de la peur, ou... Comment appelez-vous cela ?
LE BARON
Moi , avoir peur !
LÉONARDO
Je dis qu’il se pourrait.
LE BARON , sc levant avec Vivacité. >
Quelle arrogance! L’ne insulte!
? LÉONARD»
Ah ! vous êtes un preux? Eh bien! j’espère alors qu’on aura le plaisir de vous voir, monsieur le ba-
LK JfcfARON.
LE BARON
Comptez-y.
LÊUN.VRDO .
A minuit!
LE BARON
Heure fatale pour vous. . . J’v
serai à minuit.
LÉONARD»
Adieu !
(fausse sortie.)
LE BARON
A l’avantage!...
LÉONARÜO.
J’oubliais une chose, et je ne dois pas vous laisser ignorer ce détail. Sachez que si vous ne venez pas là-bas, la farce vous coûtera cher. N’importe où je vous rencontrerai, seul pu en compagnie, en armes ou sans armes, dans la rue ou partout ailleurs, à la maison ou à l’église, je vous planterai mon épée en pleine poitrine !
(il sort.)