ACTE H, SCÈNE V. 48*.t
' ISABELLE. -
01» ! ce n’est que trop vrai. Je l’avais prévu, et j’avais révélé mes craintes à Léonardo; mais il a persisté dans sa démarche.
DON PÈDRE
Eh bien! qu'y faire, mon enfant? C’est un malheur irréparable.
ISABELLE
Hélas! de plus grands maux vont peut-être m’assaillir. Vous a-t-il dit également qu’il devait se battre avec le baron? Mais si ce combat a lieu, s’il meurt... ou s'il en revient couvert du sang de son semblable, quelle triste victoire, et quelle désolation pour moi !
-, DON PÈDRE
Ne t’épouvante pas ainsi, chère enfant; du courage! Penx-tu penser qu'il arrivera rien de tout cela , lorsque moi-mèine je joue un rôle dans cette belle rencontre? Non, crois-moi, notre fameux baron n’est pas grand amateur d’estafilades. Léonardo, en quittant ces lieux , lui a donné rendez-vous à mi-
nuit , au dehors. Cette manière de se comporter eût été téméraire et irréfléchie en toute autre circonstance; mais il s’agit seulement de mettre cet homme au pied du mur, de le mater, de l’obliger à partir ou à se. désister, d’obtenir enfin qu’il s’avoue nettement et prosaïquement un aventurier. 11 convient donc de jeter la terreur dans l’àme de ce poltron, et déjà il tremble comme la feuille. Oh ! il n’y aura pas danger de mort. L’un frissonne et a l’œil sur
LK BARON. '
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lui-même, et Ion oncle veille sur l’autre. Va, sois tranquille; je serai là.
ISABELLE
Vous êtes mon seul appui.
DOS PÈDRE
Tu verras comment les pièges de ce singulier hôte vont être déjoués. Ta mère également finira par s’apercevoir à quel point les apparences peuvent être trompeuses. Ainsi console-toi. Tu sais bien que dans la famille , j’ai toujours été ton ami et ton protecteur; et rien , non rien au monde n’est capable de me faire reculer quand il s’agit de ton avenir. Ne te souvient-il plus que tout enfant encore , tu m'appelais ton autre papa? Te rappelles-tu avoir chassé de mon front les soucis et la tristesse? El aujourd’hui n’est-ce pas à moi de tenir la place de ton pauvre père, et de chercher à assurer pour toujours le bonheur de sa fille ? N’ai-je pas raison ?
ISABELLE
Oh ! oui , mon boft oncle !
DON PÈDRE
Mais , je t’en prie, du calme, Isabelle !
ISABELLE , baisant la main de don Pédre , et l’accablant de caresses.
Ces larmes , ce trouble de mes sens , ce n’est déjà plus la crainte : non, c’est la joie, la tendresse, le doux espoir et la reconnaissance !
DON PÈDRE, attendri.
Allons! comme tu y vas!... Cela manquait encore . . -