ACTE l, SCÈNE I
DON MARTIN
Elle les prononcera.
noN lus.
Dame! il peut se faire. Néanmoins..'.
DON MARTIN
Elle les prononcera.
DON LUIS
Ce n'est pas moi qui en jurerais.
DON MARTIN
Elle les prononcera , vous dis-je ; elle les prononcera !
DON LUS
Si vous ne voulez pas entendre raison...
DON MARTIN
C’est tout raisonné; car je veux que cela se fasse, et cela se fera.
, DON LUIS
Bien, bien ! point de colère. Mais, de bonne foi , si la petite nous jouait le tour de jeter la guimpe par-dessus les moulins , quel déboire pour celui qui eût pensé hériter d’elle de son vivant !
Oh ! n’ayez aucune crainte sous ce rapport. Ma liHc offre un contraste frappant avec toutes les demoiselles d’aujourd’hui. Elle ignore ce que c’est que d’avoir des volontés, et elle n’aspire-qu’à quitter le monde pour l’espace étroit d’une cellule.
DON LUIS. - V
Oui, voilà comme vous la peignent les appa-
LA FAUSSE UÉYOTE.
rem.es. Dieu ! que vous avez tort de nous endormir sur ses discours !
DON MARTIN
El pourquoi ? . .
DON LUIS
Parce que c’est miracle s’il lui échappe un mot de vérité. Je la connais, moi; je l’examine depuis longtemps, et je suis mieux que vous au fait de ses fines manœuvres. A moi on ne saurait en imposer avec ce masque de vertu qui vous enchante, mon frère, et vous ravit en extase.
DON MARTIN
Un masque de vertu!
DON LUIS
Un masque, je le répète; et la source du mal est facile à découvrir. Votre fille, dans son enfance, se montra pleine de candeur et douée des plus aimables qualités; mais vous, désireux de faire d’elle un modèle accompli , en maître dur et inflexible, vous en- ' treprltes de châtier jusqu’à ses moindres fautes, Oui, ce n’était qu’un cri! Jamais, à vous entendre, elle ne faisait rien qiu ne méritât des reproches. Hélas ! toutes vos rigueurs lui inspirèrent la dissimulationet la ruse; votre oppression, une plus grande soif de liberté ; vos punitions sans fin , une terreur dégradante. Hors d’état de pratiquer ces vertus dont vous n’aviez |>as su orner son Ame, votre élève feignit de les posséder. Sur celte pente , elle connut vite la fausseté et l’hypocrisie ; et , à mesure qu’elle s’étudiait à tromper son père, elle le trompa avec tant