ACTE I, SCÈNE XI
seté, que vous m’avez trahi... que... Mais je le sais de reste.
DON A ISABELLE
Don Juan!
DON JUAN
Ingrate!
Daignez m’entendre. Ai-je donc si peu de pouvoir sur vous?
DON JUAN
Non, arrière tous vos artifices! C'était bon autrefois. . . maisaujourd’hui de pareils temps sont écoulés. On se lasse de souffrir, même de souffrir d'amour.
DONA ISABELLE
Mais ces larmes ne vous suffisent donc pas?
DON JUAN
Des larmes de comédie !
DONA ISABELLE
Elles ne sont que trop vraies.
DON JUAN
Laissez-moi , vous dis-je ! retirez-vous , Isabelle !
DONA ISABELLE
Oh ! vous êtes cruel ! Que voulez-vous donc exiger de plus d’une femme, que de la voir s’humilier? (Elle se retire d'un air offensé à l'extrémitc du théâtre. Don Juan la suit.)
DON JUAN
Ce que j’exige de vous? Mais que pouvez-vous me dire pour désarmer mon indignation? Votre tuteur , n’est-ce pas , vous a traînée par violence jus-
LE VIEILLARD ET LA JEUNE FILLE
qu'au pied des autels. Là , voire bouche a prononcé une parole que démentait votre cœur. Orpheline, sans soutien, dominée par un despote, vous avez cédé à la longue; et lorsque tous vos soupirs étaient pour don Juan, vous avez juré un autre amour. Est-ce là le récit que vous pensez me faire? Mais, sachez-le bien, toutes ces excuses seraient inutiles. Vous ne parviendrez point à justifier votre conduite. Oh! il n’est que trop vrai... vous ne m’avez jamais aimé! Perfide, sentez-vous, à présent, le coup dont j’ai été atteint ?
DONA ISABELLE
Don Juan, je vous aimais de toute mon âme. Hélas! ma tendresse pour vous fut une tendresse sincère, et non un vil mensonge. Je vous jure que l’univers entier , ligué contre moi , n’aurait pu alors. . . Mais ce que vous ignorez, c’est qu’après une résistance opiniâtre à toutes les obsessions , à toutes les intrigues accumulées pour ma perte, la jalousie seule a pu me faire oublier mon amour. Que dis-je ? non, je ne l’oubliai point ; mais, poussée parle désespoir et la folie , je fis taire toutes les répugnances de mon cœur. Ma résolution ne fut point une ingratitude , ce fut une vengeance!
DON JlIAN.
Isabelle! vous, jalouse? Mais de qui? pour quel motif? Ah! vous me trompez encore.
DONA ISABELLE
Je ne vous trompe pas.