ACTE I, SCÈNE Vttl. 37N
DORA INÈS
Tu plaisantes,, je suppose.
DORA CLARA
Ainsi, véritablement, tu ne l’aimes pas?
DORA INÈS
Non, ma cousine. Car, plus je regarde ce jeune homme, moins je me sens disposée à le chérir.
DORA CLARA
Et si ton père s’obstine à vouloir ce mariage ?
dora iicfes.
Mon père ne s’obstinera jamais à vouloir le malheur de sa fille : il a trop d'affection pour moi, et trop de sagesse pour lui-même.
DOSA CLARA
Ma chère Inès, il me serait impossible de t’exprimer à quel pojnt mon ûnie se réjouit de tes aveux. Déjà j’étais en proie au désespoir, en songeant que tu allais commettre une folie.
DOSA INÈS
Ne redoute plus rien.
DORA CLARA
Sérieusement, ce don Claude, qu’est-cc autre chose qu'un gentillàtre de village, plein de vanité et de sottise, dépourvu de fortune, rempli d’étourderie , mauvaise langue comme il n’v en a pas. . . Et puis, quelle bonne figure!
DORA IRÈS.
Oh! cette fois, ma cousine, tu dépasses le but; car don Claude est joli garçon.
376 LA FAUSSE DÉVOTE
DON A CLARA
S’il te convient, Inès, grand bien te lasse!
DON A INÈS
Peu importe que l’on aime les gens ou qu’on ne les aime pas, lorsqu’il s’agit de due la vérité sur leur compte. Ce jeune cavalier me fatigue, il me donne sur les nerft, je ne pois le supporter; mais, je le répète, c’est un beau garçon.
DONA CLARA
Il n’y a de beauté qu’en Dieu, ma cousine; nous, ses créatures, nous sommes toutes imparfaites.
DONA INÈS
Est-ce que tu vas recommencer tes litanies?
DONA CLARA
Mais puisque tu méprises cette union, qui sait , Inès, si avec le temps tu n’arriveras pas aussi à tourner tes regards vers le ciel * et à te faire religieuse?
Ma cousine, moi, je ne suis qu’une pauvre pécheresse, adonnée aux choses profanes, et très-mondaine dans tous ses goûts.
DONA CLARA. -
Hélas! tu ne vois donc pas que dans le monde nous sommes assiégées de mille périls !
DONA INÈS
Mon Dieu, je m’en aperçois bien; mais à ton tour, Clara, crois-tu que la solitude n'a pas également ses mille dangers?