ACTE 111, SCÈNE IV
blés, d'tm caractère enjoué, et < jui à chaque minute peut recueillir un héritage dont l’étendue assurera sa fortune , abdiquer ainsi ce brillant avenir, et renoncer à tant de jouissances junir s’enterrer dans une cellule et faire au inonde des adieux éternels! Oh! nous n’avons pas de milieu ici : ou cette jeune personne est une intrigante «le première classe, ou bien c’est nne sainte. Voyons, -• ma nièce, si votre propre inspiration ne vous guide point, pourquoi tromper celui qui est prêt à voirs servir, celui qui vous aime, de tout son coeur, malgré vos défauts? Ces cheveux blancs n’éveillent donc pas en vous assez de confiance?
• ~ DON A CLARA
Mais quelle voix calomniatrice a pu...
DON Ll’IS.
Ingrate !
DONA CLARA
Ah! que de perfidies met en oeuvre l'esprit du mal , pour me faire tomber enfin dans le péché ! N’importe ! il ne lassera point ma constance , cat Dieu combat pour le faible...
<. l*ON LOIS.
Assez , mademoiselle ! Je vous le déclare une bonne fois, j’ai en horreur les subterfuges. Est-ce bien à moi que vous osez réciter vos bribes de sermon ? Vous voulez donc m’irriter sérieusement? Et si je vous abandonne, Clara, qui donc saura montrer cette force et cette tendresse pour vous protéger contre l’étrange obstination de votre père? Qui
u«i LA L'AL'SSE DÉVOTE.
essayera, comme moi, de vaincre ses (tireurs, et de saisir toutes les circonstances qui se présentent pour soutenir vos intérêts et vous défendre? Cette idée fixe que l'ignorance a clouée dans la tété de mon frère, et, plus encore, votre beau plan de conduite, je . Veux dire votre hypocrisie et votre bigoterie , yous qnt -créé une telle situation, que je me demande comnionl vous aller, vous tirer de ce labyrinthe. Mais „ croyez-le bien, il est temps de cesser toute cette comédie; il faut que votre père soit convaincu que vous n'avez aucun goût pour la vie contemplative; et qu entln vôs inclinations vous appellent à une autre existence où vous pourrez vivre tranquille et honorée, où vous pourrez devenir une bonne mère, une bonne épouse, une bonne chrétienne!
DOSA CLARA
Moi, mon oncle? Que dites-vous? - •
;. . V. . no» LUIS.
Je dis que si alors mon frère refuse d’entendre raison, s’il divague encore comme c’est son habitude, vous trouverez en moi tout l’appui dont vous aurez, besoin ; et à nous deux, Clara... Vous voyez dohe bien, mon enfant, que le moment est vend' de jeter le masque de la dévotion, de bannir le mensonge, et de dépouiller l’apparence de ces perfections qui vous sont étrangères. Ayez-les, mais ne les singez pas! - . - -
■ ; 1K».NA CLARA
l)e grâce, mon oncle...
Oui, quand même vous parviendriez (chose impossible ) à cacher loute votre fragilité humaine sous des artifices empruntés au démon ; (piand même la foule, crédule vous prodiguerait ses applaudissements, vous auriez beau duper le monde eutiér, malheureuse! il est un Dieu à qui l’on n'en impose pas !
DOJiA -CLARA.
Enfin, mou oncle , ne pourrai-je savoir d’où \ous vient une telle erreur, et quelle bouche assez envenimée a pu me décrier à ce point auprès de vous? Qui donc s’efforce ainsi de déchirer ma réputation et de me. flétrir? Mais quç dis-je? oh! je lui pardonne? Elle est ma cousine, et cela suffit. Plutât risquer la mort que de Ini faire la moindre offense! '
’ • ’ r>o> lus.'
Quelle esl cétte nouvelle supercherie, mademoir
sellé? A quoi bon mêler Votre cousine dans tout cet entretien?
’ ' ’ DO VA CLARA
Sans doute sa manière dé .penser, à elle , est bien différente de la mienne; mais quel contraste aussi dans la conduite ! Ma cousine, à chaque geste, à chaque parole qu’elle surprend chez moi1, se figure assister à ulie critique amère de ses entraînements. Dieu ! qu’elle me juge donc mal , et comme elle sait mal reconnaître mon affection! Mais puisque nous sommes toutes pétries d’un limon fragile, faut-il s’é-
HH ..... LA FAUStMi DÉVOTE..
tonner de voit la plus sage céder à la tentation et tomber .dans l'ablme? El quand méiue , -potlr nu’ faire tout endurer de la part d’Inès, il ne suffirait pas des liens du sang, pourrais-je jamais effacer de mou coeur la charité chrétienne? ne saurais-je pas toujours, avec l’aide île Dieu, souffrir et pardonner? / ■
• •• «os LUIS,
Finissez, langue de vipère 1 car je sens que la patienèe m’échappe. . . Si vous Voulez continuer votre rûle de .tm'nfr nitouc/tr, allefc, ce bel amour et cette charité dont vous faites tant parade, ernpûrtc2-les ailleurs; car , loin de m’abuser, ils tvexcitent
en moi qu'indignation et dégoût! (Dona Clara (ait une révérence, et Veut ?c retirer. Don Lui* la prend par ta main, et, réprimant sa colère , il s'adresse à elle d'pn ton affectueux):
Pourtant, Clara , mon amitié, ma protection , je vous les offre encore; et tout sera sauvé si vous consentez enfin à vous montrer vis-à-vis de moi respectueuse , simple et vraie. Je me charge de détourner le péril imminent qui vous menace, et je ferai en sorte que l’opinion publique n'ait rien à vous reprocher. Je vous garantis même que votre père ne se blessera pas d’un changement si imprévu... Ma nièce , Tolède renferme un grand nombre de jeunes gens aussi recommandables par leur naissance que par leurs qualités , et nous tâcherons de vous y choisir tin mari.
DONA CLARA
tlrand Dieu! une pareille proposition !