‹ Théâtre espagnolChapitre 300 sur 405 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

DON CLAUDE, DON Ll’IS, puis DON MARTIN.

DON LUIS, entrant avec un papier a la main.

Dieu ! quel coup terrible cette nouvelle va porter à mon frère!..’. ( Apercevant don Clande.) Ah! tu étais ici? • <

DON CLAUDE

Oui, monsieur. (A part.) Quel diable de chiffon tient-il donc entre ses mains? Il y a mille chances pour une que c’est...

DON LllS.

Je désire être seul , don Claude.

i(4 LA FAUSSE DÉVOTE;

DON CLAl'DK , h part.

Oh ! je gagerais que la petite s’est laissé enlever notre promesse de mariage.

, ( Il entre dan» sa chambre. )

DON LUIS. .. -

De quelle façon m v prendrai-je pour calmer le père de. Clara ? Un caractère comme le sien ! lui , qui n'a jamais connu la modération , qui n’a jamais su ni prévenir ni supporter l’infortune! Mais le voici .

DON MARTIN. -,

Plusieurs personnes sont déjà venues m’annoncer que vous aviez reçu une lettre de Séville. Franchement ma tète b'v perd... A moi, on ne m’écrit rien, pas même un traître mot...

don tris.

Je vais vous dire , mon frère : c'est qu’il est survenu un changement hien difficile à prévoir. N'aviez-vous pas informé le cousin qu’elle se mariait , mon Inès? . ■ . ,

, . . DON MARTIN

Non, sur l'honneur. Tout ce que je lui ai communiqué, c’est que ma fille Clara manifestait le plus ardent désir de se faire religieuse , qu’elle bridait de commencer son noviciat, et que ce Saint amour...

DON LITS

Eh bien ! cela explique déjà comment notre cousin a trouvé des motifs plus que suffisants pour révoquer ses premières dispositions.

Il aurait osé...! Impossible! Cependant... laissezii ioi voir.-- *

- don uns. . /

Lisez !

( Il lui donne le papier. )

DON MARTIN

En toutes lettres !.. . Allons, c’est un acte de démence qui ne me surprend pas de. la part dé ce cagot ; je l’ai toujours tenu pour lin être à moitié insensé'. . . (tl jette la leltrfl sur la table.) Oh! qui se serait attendu à une pareille trahison après tant d’années d’espérance, après tant de promesses! Il m’écrivait encore il y a quinze jours, trois semaines tout au plus... Il venait m’annoncer que la maladie ne lui laissait aucune chance de guérison. Il proclamait hautement qn’il avait payé toutes ses dettes, et qu’il avait dicté ses dernières volontés . 11 ajoutait enfin que sa chère Clara était instituée son héritière unique, et qu’elle seule, elle seule devait. . . Et moi (fui lui ai répondu par une épllre bourrée de remerdments, pour ne point manquer aux convenances !

v „ DON LUIS.

C'est alors que ce bravé homme, éclairé par la grande nouvelle que vous lui donniez , s’est mis à réfléchir, et il s’est dit : « Puisque doua Clara est résolue à se faire religieuse, ne serait-ce pas une la veur dérisoire que de la désigner dans mon testament? Ne vaut-il pas bien mieux répandre les

m . LA FAUSSE DÉVOTE»

bienfaits de ina fortune sur sa cousine Inès, puisqu’il lui reste encore à s’établir d’une manière avantageuse?... » Ma foi, d'après mou opinion, ce raisonnement-là ne laisse rien à désirer.

* BON MARTI»

Oh ! vous parlez d'or, et l’on ne saurait concevoir des dispositions plus équitables. La demoiselle çn est fort digne... Que dis-je? elle mérite cent, fois mieux. Une friponne, une dévergondée! Mais ainsi va le monde... El Clara, l’orgueil de mûn coeur, pauvre enfant, se voir jouée d’une façon aussi cruelle ! Puis cet autre Jocrisse qui , pour couronner l’oeuvre , nous lâche cette belle conclusion : « Votre fille n’en a pas besoin ! » Et moi donc , est-ce que je n’en ai pas besoin , moi ?

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