ACTE 111 , SCÈNE X. S
dle-méine , devoir à la fortune les promesses que je ne demandais qu'à l’amour. Mais à chaque fois je la trouvai plus tendre, plus belle, plus digne 4e im>n adoration ! Près de trois mois s’écoulèrent ainsi, lorsque enfin arriva l’heure des adieux. Par une nuit funeste, je m'arrachai de sa présence; je la laissai plongée dans un désespoir mortel, et je courus ivre d’amour là ou m’appelait mon métier de soldat. Durant un certain temps, ses lettres vinrent apporter quelques consolations dans mon triste exil... Tont à coup je reçus la dernière, qui me fut adressée il y a peu de jours. Dona Paquita m’apprit que sa mère s’occupait de la marier, mais qu'elle perdrait .plutôt la vie que d’épouser un atitpe que moi ! Elle me rappelait mes serments , elle m’adjurait de Ira tenir. Oh! alors je sautai sur mon cheval , je franchis l’espace à bride abattue , et d’une seule traite je fus à Guadalaxara. Mais Paquita n’y était déjà plus pet je vins ici... Le reste, monsieur, vous le savez comme moi, et vous tue permettrez de ne pas vous le traduire en paroles
DOM D1ÈGI E.
Mais quels étaient vos desseins au milieu de çette brusque invasion ■*
DOS Cahlos. •
4e voulais la consoler à mon tour, je voulais de nouveau lui jurer un amour éternel ; puis voler à Madrid, vous voir, tue jeter à vos pieds, vous ex poser Ja vérité tout entière, et vous demander, mon oncle, non pas vos trésors , non pas vos domaines ni
LE OUI DES JEUNES PILLES
vos protections ; niais ce que je voulais votia^prier
de m’accorder, c'était votre simple consentement , c’était votre bénédiction pour former enfin - ces nœuds , objets de nos ardents désirs , et sur lesquels elle et moi nous avions fondé tout notre bonheur ! : . *
nos niÈai K. , ' ■
Eh bien, mon neveu , jugez s’il est temps (le vmw ôter ce petit plan-là de la tête?
; • . h . ww MUt». : - •
Ah! vous avez raisou.
. . . . \ po« uiÈGtv:. .
Car si vous l’aimez, je l'aime aussi , moi ! Sa mère et toute sa famille applaudissent à mon mariage. Paquita en personne... Tenez, quelques promesses qu’elle vou3 ail faites, elle m'a répété elle-même, il u’y a pas une demi-heure, qu’elle était prête ùobçir à sa mère, et à medonner sa main aussi bieu que..,
DOS CARLOS. -
(foi, tout, excepté son cœur !
•» • ? . . ' >IK»X ■ IHfcQCK.
Que dites-vous? -
• V DON CARLOS. '
Oh! pour ce qui cst .de cela, non!:., ce sciait offenser cet ange ! Écoutez : vous célébrerez vos noces quand -il vous plaira ; votre femme tiendra toujours une conduite digne de son honnêteté et de sa vertu : mais moi , j'ai été le, premier, l'unique objet de sa tendresse, et je le suis et le serai toujours. .Vous vous appellerez Son mari ;
ÀCTE'III , SCÈNE X. «lî
tuais si quelquefois, si souvent même vous la surprenez ses beaux yeux baignés de larmes , c'est pour moi que ces larmes couleront. Ne lui demandez jamais la cause de ses noirs chagrins. Cette cause, ce sera encore moi; moi seul! Enfin, ces soupirs quelle s’efforcera vainement de refouler dans sa poitrine, ee seront des soupirs d'amour exhalés vers un ami absent !
IH)X DIÈGl'E.
Ali eà , monsieur ! jusqu'où pousserez-vous votre audace? .
(Il w.' Irvt', et s'a»*»ce tout m colère \crs don Carlos, qui bit quelques pus pii arrière, i
dox carlos:
Mon oncle, je vous l'avais bien dit... H m’était
impossible de proférer une parole sans vous bles- .ser... Mais brisons ht sur «set odieux sujet. AU lotis, viyez heureux, et surtout ne me haïssez |>as ; car Pieu sait sj j'ai jamais pensé à vous causer le moindre déplaisir. Pu reste, la meilleure preuve que j« puisse vous donner de mon obéissance et de mon respect, c'est île quitter ces lieux sans plus tarder. Mais ne me refusez pas ce seul allégement à mes peines : oh ! ne me refusez pas votre pardon !
DOS DIÈGl'E.
Ainsi, c'est sérieux : vous vous en allez?
oo.\ carlos,
Je pars, sur- lo-champ, et cette absence sera lon-i gueï - .
tfl» LE OUI DES JEUNES FILLES. * ,
DON OlfeGOE. ' » -
Pourquoi, Uarlos? ' •?
Farce que le devoir me commande de ne plu? revoir Paquita durant ma vie!... Oh ! si cçtle annonce d’une guerre prochaine pouvait se réaliser . oh ! alors. . .
DON UtÊGUE.
Que voulez-vous dire? .
(Il prend du» Carlo* par le lira*, et famine sur le devant de la serti* )
DON CARLOS
Rien... Que je ilésire la guerre, parce que je suis soldat.
DON DIÈGCK.
Carlos ! i péchant enfant ! as-ltt bien le cœur de me tenir un tel langage ?
DON CARLOS
On vient... et c’est elle peut-être... Adieu, mon oncle , adicn !
(Il regarde avec inquiétude du coté de l'appartement du doua I rené, ne détache de don Oiegue, et veut sortir par la porte du fond. )
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DON DlF.CtJE, le retenant.
El oit donc vas-tu courir !... Non, monsieur, vous
resterez !
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DON CARLOS
Mais il le faut... Je ne dois plus contempler ses traits... Un seul échange de nos regards pourrait vous précipiter dans dés inquiétudes mortelles.