ACTE III, SCÈNE XIII. H
I)ON ROULE
Béatrice, toi qui as plus d’empire sur elle, au nom du ciel , cherche à la ramener !
DON* BÉATRICE
Il n’est plus temps, mon frère: toutes les représentations échoueraient. Qu’il te snffise de n’avoir reçu d’elle aucune offense, qu’il te suffise de la voir recourir à l’unique moyen de ne t’offenser jamais ; et puisque ton honneur est demeuré sans tache, taisse-la se réfuter dans une retraite où du moins elle ne te maudira pas.
DON ROQUE
Ainsi donc je vais rester sans femme , parce qu’il lui plaît de faire à sa tète. Vous verrez que tout est de ma faute à présent! Isabelle!...
DON* ISABELLE
Mon parti est pris. Cédez à mes instances. Votre considération exige que rien de tout ceci ne se répande dans la ville. Croyez-moi, le secret et la promptitude, voilà ce qui nous convient le mieux.
DON ROQCE .
Tu as raison. Mais tue-inoi donc tout de suite, car je n’ai plus qu’à mourir de rage.
DON A ISABELLE
Non , vivez, monsieur, et que le bonheur vous accompagne en toutes choses! Pour moi, je serai contente de m’ensevelir dans cette solitude, où je pourrai assurer notre repos à tous deux . Partons, Béatrice !
DON A BÉATRICE
Frère, n’hésite plus, rends-toi à ses prières.
LE VIEILLARD ET LA JEUNE FILLE
DON ROQUE
Munoz !
MUSOZ.
Nouvel agrément!
DON ROUIE
Mais, voyons, Munoz, qu’en dis-tu? Parle, mon garçon , pour l’amour de Dieu !
muSoz.
S’il m’était démontré que la tranquillité pût se rétablir entre Vous deux sans réclusion, sans le tour et les grilles d’un couvent, je vous dirais : Monsieur, refusez ! Mais puisque la difficulté est si palpable que chacun la touche du doigt, je dis qu’il faut laisser partir votre femme, fût-elle une sainte Thérèse ! Du reste, la chose saute tellement aux yeux, qu'il est inutile de dépenser plus de paroles. Elle part? Excellente idée. Elle se séquestre ? A merveille! Elle vous délivre de vos casse-tète ; et elle-même, assurée de ne jamais revoir votre physionomie, se trouve aux anges. Par ainsi dépêchons, et bon voyage!
nox ROQUE.
Isabelle, tout espoir est- il donc détruit?
Oh! je n’écoute plus rien.
DON ROQUE
Mais est-il possible que tu veuilles...?
(Il essaye de ta retenir. Isabelle se retire du coté de la porte; puis, se tournant vers don Roque, elle lui adresse ces dernières paroles d'un ton à la lois passionné et décidé :)