‹ Théâtre et poésiesChapitre 112 sur 221 · ACTE I, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE III

moi-même de l'interroger. Non, pour moi, ce qui n'est plus n'a jamais été1. Mon père, j'implore de toi une dernière faveur. Dans cette cour, où je grandis sur le sein de cette mère, parée des illusions de l'espérance, que ferais-je maintenant ? guirlande un moment regardée avec complaisance, posée, un jour de fête et comme en jouant, sur un front glorieux, pour être jetée presque aussitôt sous le pied des passants ! Dans ce saint asile de paix et de religion, élevé jadis par les mains, — hélas ! peut-être prévoyantes, — de ta vénérable épouse, où, plus heureuse que moi, ma sœur chérie a donné sa foi à ce divin époux qui ne répudie jamais, laisse, ô mon père, que je me retire. Enchaînée par d'autres nœuds, il ne m'est plus permis d'aspirer h ces noces pures; mais je puis, cachée à tous les yeux, y terminer mes jours dans le repos.

ADELGHIS.

Que les vents emportent ce triste présage 1 tu vivras. Le ciel n'abandonne pas ainsi la vie des meilleurs au caprice des méchants. Il n'est pas en leur pouvoir de dessécher toute espérance, de tarir toute joie en ce monde.

EERMENGARDE.

Oh! plût au ciel que Bertrade n'eût jamais vu les rives du Tessinf Que jamais la sainte femme n'eût désiré donner à son fils une fille du sang lombard, et que jamais ses regards ne se fussent tournés vers moi!

1 , On se rappellera ici ce vers de Lamartine :

Quoi donc ! ce qui n'est plus a-t-il jamais été !

Cette pensée se retrouve encore ailleurs dans notre grand poëte; on sait combien la poésie italienne lui était familière. (AT. du T.)

204 ADELGHIS.

DIDIER

Vengeance, que tu auras été lente à venir !

IIERMENGARDE.

Ma prière a-t-elle trouvé grâce à tes yeux ?

DIDIER

La douleur fut toujours une conseillère plus impatiente que fidèle, et le temps qui a ses retours apporte bien souvent des pensées qu'on n'attendait pas. S'il ne change rien à ta résolution, je ne veux rien refuser h ma fille.

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