‹ Théâtre et poésiesChapitre 169 sur 221 · ACTE V, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE V

que lïin ou l'autre se retire en gémissant du champ de bataille. Je te laisse la vie, Charles n'a pas d'autre présent à te faire.

Roi de mon royaume, persécuteur de mon sang, ce que c'est que la vie pour un roi détrôné, le sais-tu? Et crois-tu donc que, vaincu, traîné dans la poussière, je ne pourrais pas une fois encore m'enivrer d'une joie profonde? répandre sur ton triomphe l'amertume du venin qui me ronge le cœur? te dire des paroles que tu n'oublierais pas, et mourir vengé à demi? Mais j'adore en toi la vengeance du ciel; je m'incline devant qui Dieu m'a incliné; je viens te supplier, et tu m'écouteras, car la prière des affligés est pour qui la dédaigne une sentence de mort.

CHARLES

Parle.

DIDIER

C'est pour la défense d'Adrien que tu as tiré l'épée contre moi?

CHARLES

Pourquoi me demandes-tu ce que tu sais?

DIDIER

Sache donc, à ton tour, qu'Adrien n'eut d'ennemi que moi, qu'Adelghis, — et Dieu m'entend, ce Dieu qui n'abandonne pas les malheureux , — Adelghis n'a cessé d'opposer à ma fureur, prières, conseils, et même reproches, autant que le permettait la piété filiale; toujours en vain.

CHARLES

Eh bien?

DIDIER

Ton entreprise est achevée; ton Romain n'a plus

d'ennemis; il a toute sécurité, et sa vengeance est telle que la peut désirer le plus faible et le plus irascible des cœurs. C'est pour cela que tu as franchi les Alpes, et c'est toi qui Tas dit ; et tu as dès lors marqué le terme de ta colère. C'était la cause de Dieu, disais-tu. Elle l'emporte, et Dieu ne te demande plus rien.

CHARLES

Tu imposes des lois au vainqueur?

DIDIER

Des lois? Oh! ne va pas chercher dans mes paroles un orgueil qui te dispense de les écouter. 0 Charles! le ciel a fait beaucoup pour toi; tu vois ton ennemi à tes genoux, et ses lèvres te font entendre la voix timide et suppliante de la prière. Tu règnes sur la terre où il te combattait; ahl que cela te suffise; songe que le ciel abhorre les désirs immodérés.

CHARLES

Assez (

DIDIER

Oh ! écoute-moi; un jour aussi tu pourrais bien toimême essayer du malheur, et avoir besoin d'une pensée amie qui te console. Alors serait doux à ton cœur le souvenir du jour où tu aurais eu pitié de moi. Souviens-toi que devant le trône de l'Éternel, un jour, tu attendras en tremblant une réponse qui sera ta récompense ou ton châtiment, comme aujourd'hui je l'attends de ta bouche. Déjà peut-être, hélas! mon fils est-il vendu. Oh! s'il faut que cette âme indomptable, ardente, se consume aussi dans tes fers ! mais non, considère qu'il n'est coupable de rien, lui; il a défendu son père, etmaintenant il ne le peut même plus. Que peux-tu craindre? Pour nous plus de glaive qui frappe : ceux qui furent mes vassaux sont aujour-

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