‹ Théâtre et poésiesChapitre 86 sur 221 · LETTRE DE M. MANZONI A M. CHAUVET · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. MANZONI A M. CHAUVET

L'UNITÉ DE TEMPS ET DE LIEU DANS LA TRAGÉDIE i.

C'est une tentation à laquelle il est difficile de résister que celle d'expliquer son opinion à un homme qui soutient l'opinion contraire avec beaucoup d'esprit et de politesse, avec une grande connaissance de la matière et une ferme conviction. Cette tentation, vous me l'avez donnée, Monsieur, en exposant les raisons qui vous portent à condamner le système dramatique que j'ai suivi dans la tragédie intitulée Il Conte di Carmagnola, dont vous m'avez fait l'honneur de rendre compte dans le Lycée français. Veuillez donc bien subir les conséquences de cette faveur, en lisant les observations que vous m'avez suggérées.

Je me garderai bien de prendre la défense de ma tragédie contre vos bienveillantes censures, mêlées d'ailleurs d'encouragements qui font plus, pour moi, que les compenser. Vouloir prouver que l'on a fait une tragédie bonne de tout point est une thèse toujours insoutenable, et qui serait ridicule ici, à propos d'une tragédie écrite en italien par un homme dont elle est le coup d'essai, et qui ne peut, par conséquent, exciter en France aucune attention. Je me tiendrai donc dans la question générale des deux unités; et lorsqu'il me faudra des exemples, je les chercherai dans d'autres ouvrages dont le mérite est constaté par le juge-

1. Cette lettre écrite à Paris et en français, en réponse à un article du Lycée sur le Carmagnola^ trouvait ici naturellement sa place. Elle a étépubliée pour la première fois par M. Fauriel. (N. du T.)

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