‹ ThéâtreChapitre 1 sur 267 · VIRGINIE, FELIX · texte numérisé non relu

VIRGINIE, FELIX

VIRGINIE, à Félix, qui cherche à l'embrasser. Non, laissez-moi, monsieur Félix !... Je n'ai pas le temps de jouer.

FÉLIX

Rien qu'un baiser ?

VIRGINIE

Je ne veux pas !...

FÉLIX

Puisque je suis de voire pays !... je suis de Rambouillet...

VIRGINIE

Ah ! ben ! s'il fallait embrasser tous ceux qui sont de Rambouillet !...

FÉLIX

Il n'y a que quatre mille habitants.

VIRGINIE

Il ne s'agit pas de ça... M. Fadinard, votre bourgeois, se marie aujourd'hui... vous m'avez invitée à venir voir la corbeille... voyons la corbeille !...

Nous avons bien le temps... Mon maître est parti, hier soir, pour aller signer son contrat chez le beau-père... il ne revient qu'à onze heures, avec toute sa noce, pour aller à la mairie.

VIRGINIE

La mariée est-elle jolie ?

FÉLIX

Peuh !... je lui trouve l'air godiche ; mais elle est d'une bonne famille... c'est la fille d'un pépiniériste de Charentonneau... le père Nonancourt.

VIRGINIE

Dites donc, monsieur Félix... si vous entendez dire qu'elle ait besoin d'une femme de chambre... pensez à moi.

FÉLIX

Vous voulez donc quitter votre maître... M. Beauperthuis ?

VIRGINIE

Ne m'en parlez pas... c'est un acariâtre, premier numéro... Il est grognon, maussade, sournois, jaloux... et sa femme donc !... Cerlaincment, je n'aime pas à dire du mal des maîtres...

FÉLIX

Oh ! non !...

VIRGINIE

Une chipie ! une bégueule, qui ne vaut pas mieux qu'une autre.

Parbleu !

VIRGINIE

Dès que monsieur part... crac ! elle part... et où val-elle ?... elle ne me l'a jamais dit... jamais !...

FÉLIX

Oh ! vous ne pouvez pas rester dans cette maison-là.

VIRGINIE, baissant les yeux.

Et puis, ça me ferait tant de plaisir de servir avec quelqu'un de Rambouillet...

FÉLIX, l'embrassant.

Seine-et-Oise !

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