SCENE DOUZIEME
DERVIÈRES.
Laisse là ton oncle, et dis-moi...
ANTONiN, poursuivant son idée.
Le vétérinaire a prétendu que c'était le serein qui lui était tombé...
DERVIÈRES, à part.
Maudit homme !
ANTONIN
Sur les oreilles... Faut se méfier du serein ! DERVIÈRES, le prenant au collet.
Mais cet officier... cet officier... dis-moi donc...
ANTONIN
Eh bien ! quoi ? un hussard qui vient pour épouser mademoiselle... (Reprenant.) Pour lors, quand mon oncle a vu...
DERVtÈJVES.
Comment... es-tu sûr ?
ANTONIN
Parbleu ! puisque monsieur le demande dans son cabinet... Pour lors...
DERVIÈRES, se promenant avec agitation.
Mais en ce cas, on s'est joué de moi ! Ah ! je me vengerai, oui, je me vengerai !
ANTONIN
Pour vous achever l'histoire de mon oncle...
DERVIÈRES.
Eh bien ! que fais-tu là ? Va-t'en donc, imbécile !
Merci, monsieur. (A part.) Décidément ce n'est pas le moment de lui conter l'histoire de... ça se retrouvera. {Haut.) Monsieur, ça se retrouvera.
DERVIÈRES,
Eh 1 va donc te promener, animal ! {Antonin sort.) Pendant que je m'étudiais là à flatter ce vieux maniaque... il y avait ici un autre tout prêt qui écoutait sans doute, et qui a été témoin de... et un militaire encore ! Oh ! ce que j'ai été insulté, méprisé, conspué... et je n'ai rien dit I j'ai fait de. la philosophie avec ce traineur de sabre, quand j'aurais dû le... Moi qui me suis battu vingt fois sans motifs, il n'y a pas quinze jours encore, pour un carambolage... on me le contestait... et, maintenant
30 LE MAJOR CliAVACHON
qu'on m'insulte... Oh ! ce n'est pas fini... je vais trouver le major, il est encore d'âge à tenir une épée eh., quant à sa fille, j'y renonce... c'est dommage pourtant... Ah ! au diable le sentiment I nous allons voir... je redeviens moi, je me retrouve, je me reconnais... Qu'on me reprenne à faire le moraliste, vingt-cinq millions de tonnerres ! Ah ! ça fait du bien de jurer... morbleu !,.. sacrebleu !... (// frappe du pied.)