‹ ThéâtreChapitre 172 sur 267 · SCENE QUATRIEME · texte numérisé non relu

SCENE QUATRIEME

BEAUDÉDUIT.

Le 29 mars... au fait ! ça pourrait bien être le 27... ou le 28.

BÉCAMEL, à part.

Ah! il n'en finira pas! (// se jette sur une chaise.)

BEAUDÉDUIT le regarde, va prendre une chaise au fond et vient s'asseoir à côté de lui. — Continuant.

(Le 30 mars... je reçois une citation à compÀî^ir comme prévenu d'une tentative de meurtre ! pour un coup de chapeau ! Comment trouvez-vous ça ?\

fiÉCAMBL.

Moi ? je trouve ça... (A part.) long! (// se lève, et remonte à droite.)

CYPRiEN, familièrement à Beaudéduit, en venant s'asseoir à la place de Bécamel.

Ah! ah! pour un coup de chapeau... c'est comique! BEAUDÉDUIT, à Cyprien, se levant.

Mon ami, je vous engage à aller brosser vos habits. (A Bécamel.) Il est familier, votre nègre. (Cyprien reporte au fond la chaise de Beaudéduit et redescend près de lui.)

BÉCAMEL, avec indulgence.

C'est mon filleul.

BEAUDÉDUIT, sèchement.

Ce n'est pas le mien. {Reprenant.) Quand on a un procès, monsieur, la première chose... (Remarquant que Cyprien s'est rapproché pour l'écouter, il regarde d'abord Bécamel ; puis, voyant qUe celui-ci ne, dit rien, il change brusquement de place et continue.yjLa première chose est de prendre un défenseur y je cours à la salle des Pn^-Perdus et j'en choisis un... dans le tas. {Bécamel tape sur sa tabatière avec impatience.)

BEAUDÉDUIT, piqué.

Monsieur, si je vous ennuie... je vais m'en aller !...

BÉCAMEL.

Continuez donc !

16 UN MONSIEUR QUI PREXn LA MOUCHE

Nous arrivons devant le tribunal... mon avocat se lève ! cet animal... octroyez-moi le mot, j'ai mes motifs... cet animal... (// s'arrête en voyant que Bécamel gratte la manche de son habit.)

BÉCAMEL,

Eh bien, allez donc !

BEAUDÉDUIT, piqué.

Non, j'attends... quand vous aurez fini votre toilette.

BÉCAMEL.

C'est de la bougie.

BEAUDÉDUIT, à part.

On rencontre parfois dans la vie des gens d'une éducation un peu bien rudimentaire ! {Beprenant.)L£,ti animal... mon avocat... expose assez bien les faits, il gesticule, lit dts morceaux de papier et fourre du latin dans tout ça. '

CÉCILE, à part.

Tiens, du latin !

BEAUDÉDUIT.

Jusque-là, ii n'y a rien à dire... il avait le droit de faire son petit mélange. ..(jnais tout à coup il se tourne vers moi, en s'écriant : « Non, messieurs, mon client n'est point un homme altéré du sang de ses semblables... c'est un maniaque, un braque, un pointuj. je le reconnais... un être susceptible, désagréable, insociable... à ne pas prendre avec des pincettes... je le veux bien... » Et allez donc, comme ça ])\.'n(lant trois quarts d'heure... et on riait...

TOUS, riant.

Ah ! ah ! ah ! ah !

CÉCILE, à part. Je crois bien !

BEAUDÉDUIT, Vexé.

D'une manière indécente... (A Bécamel, qui rit toujours.) Comme vous... dans ce moment...

BÉCAMEL, riant.

Pardon !

BEAUDÉDUIT, très froidement.

{ Enfin, je suis acquitté ! je gagne mon p^ocès/^

se EXE QUATRIEME ' 17

BÉCAMEL.

Vous avez dû être content ?

BEAUDÉDuiT, indigné.

Content ! un perroquet que je paye à l'heure... et qui 'insulte à la toise!... J'étais furieux, monsieur!... je cours chez lui... il me reçoit en souriant... comme ça, tenez. (L'imitant.) « Eh bien, mon cher... » (Changeant de ton.) « Monsieur, voilà cinquante francs ! Vous êtes un cuistre! un paltoquet! Vous m'en rendrez raison I >

BÉCAHEL.

Comment ! votre avocat ? "*

CÉCILE, Se levant.

Qui vous avait fait acquitter !

BEAUDÉDUIT,

Je me moque pas mal d'être acquitté ! Il accepte mon cartel, et nous voilà sur le terrain.

BÉCAMEL, à part.

Un duel à présent ! (A Cyprien.) Pourquoi as-tu laissé entrer cet homme-là ?... je ne le connais pas I

CYPRIEN

Laissez-le... il m'amuse...

BEAUDÉDUT, SB mettant sous les armes.

On nous place...

BÉCAMEL.

Mais, monsieur !...

BEAUDÉDUIT.

{ Nous croisons le fer... mon adversaire fait un mouvement... et je lui plonge mon épée...

CÉCILE, effrayée.

Oh ! mon Dieu !

. BÉCAMEL.

Dans le cœur }

l\l BEAUDÉDUIT.

NonL^^dans le gras !... il s'était retourné. Et voilà !... voflà toïïrriia"TûTlTe^ — il ne me reste plus qu'à vous présenter mes adieux... (// ôte son chapeau pour saluer sa casquette, il remet son chapeau et le salue de la Cécile.) Mademoiselle... [Voyant que Bécamel n'ôte pas main.) Monsieur... (// remonte ci sort par le fond.)

BÉCAMEL, à part.

Ah çà! qu'est-ce qu'il est venu faire ici ? (Rappelant Beaudédiiit.) Pardon, monsieur (Beaiidéduit reparaît.), vous venez de Paris...

BEAUDÉDUIT, redescendant un peu.

A cheval !...

VQui... vous me racontez vos procès, vos duels... pour quoi faire ?

BEAUDÉDUIT, redescendant tout à fait.

Comment ! pour quoi faire ? Ah ! sapristi ! vous avez raison !... j'ai oublié un détail !... Mon adversaire !... l'avocat qui s'est retourné...

BÉCAMEL.

Eh bien ?

BEAUDÉDUIT, gaiement.

C'est votre gendre ! c'est Savoyart j)

BÉCAMEL, CYPRIEN et CÉCILE.

Ah ! mon Dieu !

BÉCAMEL.

Et vous osez vous présenter ici tout couvert de son

sang !

BEAUDÉDUIT, après avoir regardé son habit. ( Réjouissez-vou:... il sera sur pied dans trois mois...

V CÉCILE et BÉCAMEL.

Trois mois !

BEAUDÉDUIT, avcc Solennité.

Alors, je lui ai demandé quelles étaient ses dernières volontés... Il m'a prié de monter à cheval, attendu que cela lui était impossible... dans ce moment, et de venir vous faire part de son douloureux... bobo.

BKCAMEL.

Le pauvre garçon !... je vais lui écrire... ma lettre sera un baume sur sa blessure.

BEAUDÉDUIT, Ô part.

Il ne sait pas dans quel sens il a été blessé. {Haut.) Si vous voulez me la remettre... je me charge de la faire porter...

BÉCAMEL, remontant à gauche.

Je ne vous demande qu'une minute... {Prenant la

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